![]() Aujourd'hui Leonardo Padura 1989, Cuba. Bien décidé à devenir écrivain, le lieutenant Mario Conde présente sa démission de la police criminelle cubaine le jour de ses 36 ans. Les années, peu productives, passent et pour arrondir les fins de mois, nourrir sa bibliophilie dévorante et alimenter l’échoppe d’un ami, Conde sillonne le pays à la recherche de livres anciens. Le temps coule entre livres à lire ou à écrire et rêves de pêche. Jusqu’à ce qu’un ancien collègue contacte Conde pour lui proposer de reprendre du service sur une singulière affaire : on vient de découvrir un cadavre à la Finca Vigia, la maison (musée) d’Hemigway. Un orage particulièrement violent a détrempé le terrain, provoquant la chute d’un manguier centenaire et malade et déterrant avec les racines les ossements d’un homme de race caucasienne décédé entre 1957 et 1960 de deux balles de fusil ...
>Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Antoine Chainas "Ils disent que quand tu meurs, on
t’enferme dans une housse biodégradable Hygéral 100 avec une fermeture
en nylon et un drap absorbant conforme au décret numéro 8728 du
quatorze janvier quatre-vingt-sept, article vingt-neuf, agréée par le
ministère de la Santé et de l’Action humanitaire … Ils disent que si
ton décès est suspect, on t’emmène à l’institut médico-légal où ton
corps est enregistré par un contrôleur. Un numéro d’entrée, un numéro
de sortie. On accroche au gros orteil de ton pied droit une étiquette
avec le tampon officiel de la police nationale … Ensuite, soit une
autopsie est réalisée, soit on l’oublie. Ils prétendent que pour les
vivants, la mémoire de ce que tu as été, de ce que tu as fait, de ton
nom, de ton grade, de tes yeux et de tes paroles n’excède pas, pour le
commun, une génération … Ils disent tout ça, mais aucun d’entre eux
n’est mort." Désiré Saint-Pierre, presque. Désiré Saint-Pierre,
flic noir dans la ville blanche, sergent-détective au groupe d’enquête
du SPCU (Service de Police de la Communauté Urbaine), PDQ48 (Poste de
Quartier). Un flic des quartiers, une mère prêtresse vaudoue, un père
mort il y a longtemps suicide ou lynchage, une compagne accro à
l’héroïne. Mais Désiré Saint-Pierre, "un prototype, un drapeau, un exemple".
Et puis ce soir de Noël. Son véhicule de fonction qui embrasse un mur à
120 km/h. Six mois de coma avant que Désiré Saint-Pierre ne se
réveille, une infirmière floue penchée sur lui. Défiguré, il souffre de
lésions cérébrales et d’un syndrome d’indifférence massive à la douleur
unique dans les annales de l’histoire médicale. Un flic noir, la
tronche en miettes et "un peu rigolo dans sa tête" qui apprend par cœur
les pub inondant les restes de la boîte aux lettres de son appartement
dans le "ghetto" de La Main, terrible cité d'une ville sans nom. Désiré
Saint-Pierre fait peur. Il réintègre donc sa brigade à mi-temps
(thérapeutique), dans un bureau à paperasse sans fenêtre, loin du
public et des collègues et devient même un sujet d’étude vivant pour le
professeur Zymanski. Jusqu’à ce qu’un témoin relance la très médiatique
affaire de la "tueuse aux bagues" dont Désiré s’occupait avant
l’accident, jusqu’à ce que Marcus réclame le kilo d’héroïne pure qui
était dans le coffre de la voiture fatidique … jusqu’à ce que
l’insensibilisation de l’être ne soit totale et que la lente fin du
monde s’accélère, hantée par la voix des morts … Et "je pleure sans souffrance ni tristesse". Un troisième roman à la force de frappe décuplée par la maîtrise, l’écrivain à cran a trouvé sa mesure. >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Dominique Manotti Panteuil, banlieue type : la gare, des tours de bureaux, une grande
avenue, des immeubles modernes disparates sans vrai élégance, le
centre, des rues étroites, des maisons basses, des constructions
anciennes, un centre commercial, des HLM, les cités des Musiciens, des
Astronautes, des barres, des cubes, des parking, une dalle de béton,
des terrains vagues. Des tensions, de la violence. Le commissariat, les
flics. Les jeunes qui apprennent comme Doche, gardien de la paix
stagiaire et Lefèvre, adjointe de sécurité ou les vieux de la vieille
comme Ivan, Marty, Paturel, les cow boys d’une unité de la BAC qui
profite de la nouvelle loi antiputes pour chasser les prostituées des
boulevards des maréchaux et les regrouper en petit troupeau dans un
parking périphérique où ils les rackettent tranquillement. L’ambitieuse
commissaire Le Muire, blonde élégante et froide à faire peur, nouvelle
coqueluche du ministère de l’Intérieur, "étoile
montante du groupe informel de réflexion qui élabore la politique
sécuritaire du ministère et dans la foulée, les thèmes de la future
campagne présidentielle du ministre lui-même". Et Pasquini son
chauffeur qui roule plutôt à droite du FN. Des consignes : faire
baisser les statistiques de la criminalité et augmenter celles des
résultats, les contrôles au faciès, les déplacement individuels ou en
groupe considérés comme suspect. Des trafics, des dealers et Le Muire
qui veut nettoyer la zone en commençant par l’expulsion des deux squats
et la destruction des immeubles qui les abritent, mais ni les élus, ni
le préfet qui ne bougent. Blocus à moins d’une "intervention
divine, un miracle, une catastrophe aux choix. Un incendie, un
tremblement de terre, une éruption volcanique, le départ en masse des
Africains qui décident de rejoindre leurs terres en traversant la
Méditerranée à pied sec comme Moïse la Mer Rouge …" Ce sera l’incendie du squat des Maliens. "Le ministre, le procureur, la commissaire : une entente d’enfer pour mettre en scène la grande comédie sécuritaire", la politique du "nettoyage ethnique" et les flics pour l'appliquer ...Grand retour au noir de Dominique Manotti (Lorraine connection c'était en 2006 !) avec un roman comme un impact. Brutal. Une écriture au millimètre qui ne fait ni raccourci ni sensationnel et décrypte avec force la réalité d’un monde qui affirme sans honte "qu’on ne fait pas et qu’on a jamais fait de la police avec les droits de l’homme". >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Franz Bartelt "Dans ma jeunesse, avant de rencontrer Camina, je répondais à un prénom du calendrier, je ne me souviens pas lequel. Camina ne m’appelle jamais autrement que Eho !". Il faut dire que Camina est un dragon de la pire espèce, "née avec un caractère infâme. Issue d’une famille de grands déprimés". Foutue famille Plonque, dégénérée et desséchée jusqu’à l’asphyxie complète, condamnant le narrateur à une vie sans amour (physique) ni amis, faite de ouspillages incessants, de tâches variées et de contraintes machinales. Une échappée dominicale rituelle dans les magasins de meubles, un bout de rue volé depuis un coin de fenêtre et la copieuse Mme Quillard, voisine fantasmagorique comme seules évasions. Morne plaine. Et puis enfin l’occasion d’échapper à son sort. Un accident de voiture sans vraie gravité. Le narrateur se décide paralytique, d’une paralysie molle, parce qu’il n’a pas une nature furieuse et qu’il a du mal a en vouloir aux gens qui ne l’aiment pas, pas au point de non-retour en tout cas … Une famille si indigne qu'Harry Crews pourrait l'adopter ! >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Jean Claude Izzo Revoilà Fabio Montale, l’ex-flic (il a démissionné) des quartiers Nord de Marseille plonge dans sa ville à la recherche de deux adolescents disparus la veille de la rentrée des classes. Rien ne s’arrange. On sait désormais qu’a Marseille, tout est possible... Deuxième volet de la trilogie marseillaise, après Total Khéops et avant Solea. Déjà un classique! >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Abdel Hafed Benotman "Un parricide est la conséquence d’une tentative d’infanticide",
et le meurtre de l’enfance (et ses conséquences) commence tôt pour
Faraht Bounoura, Fafa le minuscule, fils de Benamar esclave sur des
chantiers de construction analphabète et violent et de Nabila mère
soumise jusqu’à la folie, petit dernier d’une fratrie explosive et
recroquevillée. Faraht, un prénom répertorié dans aucun calendrier, ni
celui des postes, ni même celui des éboueurs. Un enfant qui se sent un
rien en devenir de pas grand chose, qui sait qu’il ne sera jamais un
saint en ce bas monde. Pourtant ce fût souvent sa fête à ce môme
algérien né à Paris avec une gueule d’arabe, comme une protestation. Le
père qui frappe comme une enclume, souvent, l’école, les premiers
échecs et Fafa, galérien de l’avenir, qui glisse doucement vers la
rébellion. Pour un peu de liberté il se fera voleur à la roulotte, "crapules ou canailles selon que la politique les façonne de droite ou de gauche".
Les fugues, la dépouille, les premières nuits au dépôt, les gardes à
vue, les éducateurs, les cambriolages, le vol à la voltige, puis la
prison peut-être parce qu’ "à risquer sa vie ou sa liberté, un voleur n’est jamais malhonnête". Écriture radicale, fulgurante, poésie brutale et révoltée entre colère et tendresse, humour féroce et souvenirs coriaces.
>Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Antoine Bello Entre mars et septembre de l'année 1995, cinq meurtres vinrent endeuiller le circuit professionnel américain de puzzle de vitesse. Le modus operandi était toujours le même: la victime, qui avait succombé à une injection massive de penthotal, était retrouvée amputée d'un membre, toujours différent. Sur son cadavre, l'assassin avait placé un morceau de cliché Polaroïd représentant le membre correspondant d'un autre homme..." Un curieux puzzle à renconstituer, vite.
>Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Jean-Hugues Oppel Un an avant les élections présidentielles du 21 avril 2002. Un commissaire des R.G un peu flou, un triumvirat de consultants spécialistes de la comm tous azimuts, un expert en manipulation mentale arrivé par l’Eurostar, un lieutenant de police moyen sous tous rapports et un déçu à l’aigreur fermentée en haine d’un monde de "tous pourris". Un cocktail de personnages dans la tourmente de la campagne électorale, enclenchant une véritable bombe à retardement (bien malgré eux, pour certains). Un seul but avoué : faire réélire de président sortant, coûte que coûte.Jean-Hugues Oppel est le premier auteur de polar à se pencher sur cette période. Il ouvre une voie royale en créant une mécanique diabolique à la Ellroy, où l’histoire réinventée dépasse la réalité (on l’espère !) avec un brio et une efficacité redoutables. Une construction implacable, une documentation sans faille (les unes de journaux qui rythment le récit font froid dans le dos), un art consommé de la suggestion et une leçon de manipulation sans mesure pour un thriller politique de haut vol. Evidemment à lire et à faire lire ! >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Marcus Malte Alexandre Astrid, 106 chemin des Carmes. Un ancien flic à la dérive. Douleur, alcool. Un lendemain de nouvel an, le manuscrit anonyme de 53 pages qu’il découvre dans sa boîte aux lettres. L’histoire romancée, dévoyée de sa propre vie. Comme des vœux fantômes. Colère face aux mensonges et à la manipulation. Alors Alex décide de refaire ce qu’il avait toujours fait : le flic. Il va fouiller dans son propre passé, tenter de combler ce puzzle plein d’ombres et de trous. Magnifique roman polyphonique et noir entre tentations, envies, remords, souvenirs, oublis. De la fiction à la réalité, du passé au présent, des vivants aux morts. Incroyable construction comme un infini palais des glaces. Implacable littérature.>Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Philippe Huet Fred Delmany s’englue dans le froid mou de l’hiver dans une ville de
bord de mer. Il regarde passer les jours, s’égrener les heures longues
de la retraite entre des enfants grands et loin, deux ex-femmes
oubliées, Viviane la vieille maîtresse à la présence fatigante, aux
absences obsédantes, la ruche de l’actu qui s’affole sans lui. Fred,
l’ancien journaliste vide d’une liberté encombrante. Alors il se fixe
des obligations, un rendez-vous quotidien au square du coin. C’est sur
un banc qu’il va oublier ce vieux McBain retrouvé au fond d’une poche
de son blouson. Le temps de réaliser, de revenir sur ses pas et de
découvrir réjouit que le livre à trouvé une nouvelle propriétaire. Fred
vient sans le savoir de découvrir le bookcrossing, comme lui expliquera
Max, l’ancien collègue, le vieux pote qui porte beau les charentaises,
la retraite et le cancer. Fred réitère et, plus tard, abandonne sur un
autre banc L'humeur vagabonde
d’Antoine Blondin. Quand il aperçoit l’inconnue qui s’en empare, il
décide de la suivre sur un coup de tête ou peut-être parce qu’elle lui
rappelle un amour de jeunesse … "C’est ainsi, parce qu’il ne savait pas
comment tuer sa journée, que démarre l’incroyable histoire de Fred
Delmany". Une histoire saugrenue (et pas n'importe laquelle) qui
commence avec un bouquin sur un banc (et pas n’importe lequel !) … >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Arnaldur Indridason L’Islande reste un pays lointain, presque improbable. Un pays de nature déchaînée entre étendues de glace et champs de lave. Mais aussi un pays sans tradition de polar faute de violences, où le meurtre typique est un meurtre "bête et méchant", jamais complexe. Mais les choses changent et la tradition est en route … Voici l’exception qui confirme la règle pour l’inspecteur Erlendur, flic froissé. Un vieil homme est retrouvé chez lui assassiné à coups de cendrier, un étrange message posé sur le corps éliminant l’hypothèse d’un crime de rôdeur. Sans compter que les recherches préliminaires révèlent le passé de violeur de la victime chez qui on retrouve également la photo de la tombe d’une enfant de quatre ans dissimulée dans le fond d’un tiroir et un ordinateur bourré de fichiers pornos immondes. Erlendur et ses collègues vont devoir fouiller et exhumer une affaire vieille de quarante ans aux ramifications inouïes. Un polar écrit avec une maîtrise incroyable, qui tranche dans le vif du sujet dès la première ligne avec une impeccable justesse de ton. Un polar bien noir et totalement prenant, franchement dépaysant, plongeant dans la fange sans désespoir ni pathos, toujours avec humanité. Maintenant l'Islande c’est Indridason ! >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Daniel Pennac "Si les vieilles dames se mettent à buter les jeunots, si les doyens du troisième âge se shootent comme des collégiens, si les commissaires divisionnaires enseignent le vol à la tire à leurs petits-enfants, et si on prétend que tout ça c'est ma faute, moi, je pose la question: où va-t-on?"Il faut dire que Benjamin est bouc émissaire professionnel, le coupable désigné tous les flics de la capitale. Peut-être le volume le plus connu de la saga Malaussène (Au Bonheur des ogres, La Petite Marchande de Prose, Monsieur Malaussène, Des chrétiens et des Maures et Aux Fruits de la passion), saga d'une improbable tribue et d'un quartier qui disparait, Belleville. >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Caryl Férey Mc Cash a 51 ans, plus de femme, d’amis ni de prénom, des souvenirs de l’IRA et un œil crevé par un mauvais coup de crosse il y a un paquet d’années. Bandeau, œil de verre et aujourd’hui une infection qui risque de lui coûter la vue ou même la vie. Alors forcément Mc Cash a des envies de suicide au .38. Du moins jusqu’à ce qu’un recommandé fasse resurgir le souvenir d’une série de nuits confuses avec Carol. Une lettre qui lui apprend sans détour la phase terminale du cancer et l’existence de sa fille … "Un enfant, une fille, de toi : Alice … Je te la confie". Mc Cash démissionne de la police et, pas trop sûr de lui, part chercher sa fille. Il la trouve dans un petit village … ainsi que le corps d’une fillette flottant dans la rivière. Puis une épidémie de meurtres et d’emmerdes, Alice comme témoin …Un inédit plein de rock, de bruit et de fureur. Un polar énervé, nerveux comme la jambe gauche de Strummer "battant furieusement le sol comme pour réveiller la terre et les hommes qui étaient dessus" ! >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Tonino Benacquista "Dans les trains de nuit, mon boulot, c'est le sommeil des autres. Mais quand il s'agit de veiller sur un dormeur que l'Europe s'arrache, quand les contrôleurs, les douaniers et les énervés du cran d'arrêt cherchent à me poinçonner, je regrette le doux temps de l'Orient-Express... Tout ce que je désire, c'est éviter de me faire descendre à la prochaine." Bienvenue à bord du Paris-Venise...
>Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Horacio Castellanos Moya Alberto Aragon quitte le Salvador au petit matin qui succède à la prise
de pouvoir du premier gouvernement d’après-guerre pour se réfugier à
Mexico. Il était ambassadeur au Nicaragua. Il n’est plus grand-chose.
Vieux, ruiné, au bout du rouleau, oublié de tous sauf peut-être de
l’infante, cette jeunesse grassouillette qui l’attend dans une chambre
misérable prêtée par une ancienne domestique. Alberto Aragon boit. Il
se détruit. Il veut oublier ou se souvenir, il doit se refaire.
Finalement il va mourir. Une disparition que Henry Highmont, sosie de
Jeremy Irons, voudrait tout de même éclaircir, peut-être au nom de la
vieille amitié qui liait les deux hommes. Il engage donc José Pindonga,
ancien journaliste devenu détective privé, "une sorte de Philip Marlowe
de bourg tropical" tout juste sorti d’un ravin d’alcool et de coke où
il s’était effondré à cause d’un amour perdu, pour enquêter sur les
dernières heures de l’ex-ambassadeur pourtant sans beaucoup de mystère.
Last exit to Mexico, crépuscule éblouissant brutal, éthylique et
achevé. >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Gianni Pirozzi Quatre hommes dans un camion, dans deux antiques camions Volkswagen en
fait. Des caisses d’armes planquées à l’arrière, sous du matériel de
secours. 2000 kilomètres entre Budapest et Kükes en Albanie pour livrer
"aux minorités opprimées du Kosovo"
ce stock de fusils mitrailleurs confisqué par les autorités hongroises
à un convoi russe qui tentait de les acheminer clandestinement vers la
Serbie. Un trafic d’armes sous couvert de convoi humanitaire pour la
construction d’un Kosovo "indépendant, laïque et multiethnique". Une initiative légitime, pas forcément légale. Un deal dangereux mais pas "le premier combat douteux". De Santis, exilé italien au phrasé roucoulant, rescapé des années de plomb condamné à perpet’ : le commanditaire. Craven, travailleur social dans un centre d’accueil des migrants, Rinetti, jeune activiste, réplique broyée de Frank Zappa, le grand Franck, junkie psychopathe embarqué contre une remise de peine et Paco l’inexistant : les hommes motivés pour le convoyage. "Logée dans sa boîte crânienne, une obsession clignote comme un voyant rouge : continuer, continuer. Faire demi-tour est impossible. Eviter de réfléchir. Terminer la tâche pourrie enclenchée par De Santis à des milliers de kilomètres de là". Et le voyage comme une traînée de désespoir. Les souvenirs, les tensions, le danger, les désillusions (" Mais bon dieu entre quelles mains on va remettre ces putain de caisses ?"), la peur, le salaire de la peur. Les routes mauvaises, les postes frontière, les contrôles, les bombardements, les pillages, le racket, les exactions, les colonnes de réfugiés. Les Réguliers albanais, les partisans de l’UCK, les soldats serbes, les Roms, la guerre qui favorise les règlements de compte. "Résistant quand on gagne, terroriste quand on perd". Les quatre hommes et toutes ces vies qui n’en finissent pas de se briser. Les leurs aussi. La désolation … Roman (très) noir plein d’images, dures, belles, d’horreur, de finesse et d’humanité. >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Leonardo Padura Mario Conde est un ancien flic reconverti dans le hasardeux négoce de l’achat et de la vente de vieux livres. Un flic enterré depuis treize ans qui aurait voulu être écrivain. Un homme qui en cet été 2003 à la Havane, est plus que jamais "parvenu à développer des aptitudes presque canines pour flairer des proies capables d’assurer, parfois avec une surprenante générosité, sa subsistance alimentaire et alcoolique" malgré une longue période de poisse pure et dure. Alors quand par hasard ou par instinct, il sonne à la grande porte de cette bâtisse du Vedalo pour proposer ses services et que la propriétaire l’introduit dans la bibliothèque, le Conde sait. Il sait qu’il vient de trouver la mine, de pénétrer dans un véritable sanctuaire. Il sait que la faim et la poisse s’éloignent. Il sait les trésors, mais il ne sait pas encore, malgré l’intuition, qu’il va tomber sur une femme, enfouie dans les pages d’un livre de cuisine oublié. Du moins son image figée : une coupure de journal des années 50, photo et article annonçant la fin de carrière de Violeta del Rio, envoûtante chanteuse de boléro totalement disparue. L’homme est séduit et le flic en sommeil suffisamment intrigué pour ouvrir une enquête personnelle, des entrailles de la bibliothèques et de ses secrets enfouis jusqu’aux bas-fonds de Cuba. Un roman noir et lumineux aux vapeurs nostalgiques envoûtantes. Obligatoire. Tout simplement!>Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Maurice G. Dantec "Andreas Schaltmann s'est mis à tuer parce que son estomac pourrissait. Le phénomène n'était pas isolé, tant s'en faut. Cela faisait longtemps que les ondes cosmiques émises par les Aliens faisaient changer ses organes de place, depuis que les nazis et les habitants de vega s'étaient installés dans ses quartiers.'' Andreas est un tueur et il le sait, mais quand on cherche à lui coller sur le dos des crimes qu'il n'a pas commis, du fond de sa clinique, il hurle." Attention, polar paranoïaco-technologique ! >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Shannon Burke Frank Verbeckas a 23 ans. Il a perdu son père. Il est ambulancier à New York. Il a un frère chirurgien, une passion pour la photographie, une fascination pour la mort et la maladie. Un talent malsain. Alors quand il est appelé, il photographie au hasard un homme pendu depuis trois semaines, un bébé mort de faim, un sauteur empalé sur une grille ou un suicidé d’une balle de .38 dans la tête. Des corps gisants ou les laissées pour compte : camés, SDF, séropo, putes ou dealer. Toute l’humanité abîmée dans son viseur, comme une obsession. C’est comme ça qu’il va rencontrer Emily, 22 ans, étudiante en psycho, escrimeuse séropositive. Mise au point. Un superbe roman noir de la douleur, de l’errance et de la recherche. Poignant comme des photos de Jacob Holdt !>Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Jerry Stahl Moi, Fatty, l’histoire d’un homme et de son pire ennemi,
lui-même. Ce corps obèse, cette image qu’il accepte si mal et qui
feront pourtant sa fortune. L’histoire de Roscoe Arbuckle, dit Fatty
(Gros Lard, pas moins !), un enfant de la misère de cette Amérique
profonde du début du siècle, rejeté et mal dans sa peau qui deviendra
l’acteur le plus célèbre et le mieux payé d’Hollywood … du moins
jusqu’à cette soirée improvisée dans une chambre d’hôtel de San Fransisco qui coûtera la vie à Virginia Rappe, starlette égarée, morte
la vessie éclatée après avoir été pénétrée par une bouteille de soda.
Un fait-divers sordide dont est accusé Roscoe (son impuissance notoire
plaidant largement en sa défaveur étant donné les circonstances) avant
d’être livré aux chiens, aux ligues de vertu et à l’Amérique bien
pensante qui commence à s’émouvoir des dérives d’Hollywood en ces temps
de prohibition hypocrite. Le star-system naissant vient de se trouver
un coupable (finalement innocent) à mettre au pilori et exécute sa
première victime ! Roscoe mourra en juin 1933, abonné par beaucoup,
lynché par la plupart, rongé par la drogue, l’alcool et le
ressentiment. Cette fausse autobiographie (basée sur une enquête
fouillée), recueil des confidences imaginées de Fatty à Okie son
valet japonais, déroule avec extravagance et fatalité, entre auto
dénigrement et autodestruction, l'ahurissant parcours de ce comique,
"inventeur" du jet de tarte à la crème, ami de Charlie Chaplin et de
Buster Keaton. De l’incroyable ascension à la chute fulgurante, une formidable histoire de l’excès ! >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Olivier Mau Raide dingue George Strongbow, psychopathe fraîchement évadé de prison qui frappe aveuglément et sème la terreur dans Londres. Raide dingue le "boucher de l’autoroute" qui disperse des jeunes filles coupées en morceaux dans les bois. Raides dingues Mackeson et Boddington, les deux flics en compétition, au bord de la rupture. Raide dingue Juliet la femme cocaïnomane qu’ils se disputent. Raides dingues les directeurs de banque, les infirmières, les passants, le pays, l’époque et même le temps.Et raide dingue Olivier Mau, auteur énervé de cette folie survoltée. Et dire qu’il écrit aussi pour la jeunesse … Non, décidément, c’est pas raisonnable, et c’est peut-être pour ça que raides dingues de Raide dingue nous sommes ! >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Bernard-Marie Koltès "Les toits d’une prison, une nuit. Un
tueur s’évade. La même nuit, une gamine fugue, échappe à la
surveillance étouffante de sa famille. Deux destins qui se croisent,
deux trajectoires en perdition qui traversent la scène et le monde et
s’entraînent dans leur chute."Roberto Zucco, l’histoire vraie d’un assassin sans raison, odyssée criminelle d’un parricide schizophrène (à 19 ans, il tue ses parents), meurtrier à la gueule d’ange (c’est pourtant vrai qu’il a de faux airs rimbaldiens), "chérubin noir" de l’Italie. Cambriolage, vol, enlèvement, disparition, viol, meurtre, de ![]() ![]() François Forestier Max Mpétigo, métis au nom imprononçable, alcoolique repenti est expert en risques industriels. Il prédit et diagnostique les catastrophes, sorte d’archéologue du néant, souvent pour le compte de la société Risques Expertise. Explorateur infatigable de son XVIIIeme arrondissement, là-bas, au bout de Paris entre la Goutte-d’Or et La Chapelle, territoire oublié, bastion du banditisme capitale, royaume des "défonce-boys" et des dealers, Mpétigo jauge cet équilibre précaire qui menace de rompre. Et puis les flics découvrent les corps de trois toxicos consciencieusement désossés dans un squat miteux. Ils appellent Mpétigo pour observer discrètement et les aider à comprendre. Et puis Mpétigo découvre que son vieil ami MacDou, populaire restaurateur dans la rue Myrha, est introuvable, sans doute dans de sales draps. Et puis les gangs se déchaînent, les incendies se multiplient et le quartier bancal boue, menaçant d’explosion. Après la bavure de trop, les humiliés se révoltent et le sang coule. Mpétigo voudrait pouvoir l’arrêter à temps. Un polar sombre, doux-amer à la violence quasi naturaliste servi par une étonnante facilité d’écriture. L’ouvrir, c’est plonger au royaume des rats. Le Prix Paris polar a été décerné à François Forestier pour Rue des rats. >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Marc Villard Mercredi 2 juillet 1969, c’est le soir. Brian Jones, ex-guitariste des
Rolling Stones se noie dans la piscine de son petit manoir anglais "malgré le bouche à bouche et tout le tralala".Samedi 9 août 1969 à Los Angeles. Plusieurs membres de la Famille, la "communauté" de Charles Manson, pénètrent dans la propriété de Roman Polanski et assassinent cinq personnes dont Sharon Tate, sa femme, enceinte de huit mois. Samedi 6 décembre de la même année, à Altamont. 300000 fans défoncés sont regroupés au pied d’une scène improvisée attendant l’arrivée des Rolling Stones pour un concert gratuit encadré par les Hell’s Angels. A la fin d’Under my thumb, l’un d’entre eux va poignarder Meredith Hunter, un jeune noir. Trois faits strictement réels à partir desquels l’auteur tisse le roman d’une époque révolue autour de Shéryl Gibson membre fictif de la Famille, le lien fluide vers une fiction magnifique. Sharon Tate ne verra pas Altamont est le premier opus des Sentiers du crime, une nouvelle collection de faits-divers relatés sous forme de docu-fiction (photographies, coupures de journaux ou documents d’époque à l’appui) chez Biro Editeur. Un pur moment de rock’n roll ! >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Jean Claude Izzo Babette, jeune journaliste marseillaise, a de gros ennuis. Le rêve de sa vie, un grand reportage sur la mafia dans le Sud de la France, est sur le point d'aboutir. Mais à quel prix ! Celui de la vie de son amant et surement de la sienne. Réfugiée dans les Cévennes, elle envoie son travail à son ami, l'ancien policier Fabio Montale. Et les morts commencent à pleuvoir ...Troisième et dernier opus de la trilogie marseillaise d'Izzo (après Total Khéops et Chourmo). Au menu, Fabio Montale, mafia et Marseille toujours. >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Patrick Pécherot Félix traîne sa cinquantaine entre les assedic et le comptoir d’un café ordinaire, Les sports.
Petite forme. Peu d’amis, plus de femme, et avec la mort du tonton, de
moins en moins de famille. Tonton qui lui lègue sa maison, celle avec
le vaisselier, les murs et leurs photos, le dessus de cheminée avec
napperons, le râtelier à pipes, l’opinel dans un tiroir de la cuisine …
celle au bord de la nationale, au milieu d’un nulle part oublié de
tous, sauf peut-être de Simon un truand sur le retour croisé aux Sports.
Il faut dire que sur la nationale qui longe la maison passe les
convoyeurs. Le temps pour Félix de se laisser embarquer, pour Simon de
recruter sa fine équipe et voilà l’entreprise Zamponi - ravalement, maçonnerie, peinture
qui vient agripper ses échafaudages sur de la bicoque du défunt :
Ravaler au grand jour pour mieux se fondre dans le décor avant le
braquage, voilà un plan génial ! Sauf évidemment si les convoyeurs se
mettent en grève, que les fourgons ne passent plus et que la presse
débarque … Poisse et attente entre deux coups de pinceaux … Et Félix de
fouiller dans les papiers du tonton, histoire de s’occuper et de tomber
sur la photo obsédante et jaunie d’une femme. L’oisiveté étant on le
sait bien mère de tous les vices, Félix va vouloir savoir qui était
cette jeune polonaise qui occupa les pensées du tonton avant de
disparaître … Entre polar et roman social, Soleil noir est la
parfaite illustration d’un des fondamentaux du roman noir (le casse)
revisité par une équipe de poissards se débattant dans une société qui
les pousse vers les marges. Entre noirceur, solitude, mélancolie et
violence de l’histoire des immigrés polonais dans la France des années
trente. Il y a du Audiard dans cette nostalgie magistrale! >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Jean-Jacques Fiechter C’est l’élégante histoire d’une vengeance implacable, d’un crime parfait dont l’arme est un livre. Les pages n’en sont pas empoisonnées, il ne fait pas office d’objet contondant. C’est son existence même qui est meurtrière...Séduisant ... Et ce qu'a aussi pensé Bernard Rapp en 1996: il en a fait un film (avec Terence Stamp) >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Tonino Benacquista "Vous savez, on peut mêler l'histoire de la peinture à celle de la criminalité. Au début on peignait comme on tue, à main nue...L'art brut, on pourrait dire... l'instinct avant la technique. Ensuite est intervenu l'outil, le bâton, le pinceau. Un beau jour, on s'est mis à peindre au couteau. Regardez le travail d'un Jack l'Eventreur... Et puis on a inventé le pistolet. Peindre au pistolet apportait quelque chose de définitif et radical." Antoine Andrieux est employé dans une galerie d'art le jour, joueur de billard acharné la nuit, des rêves de champion du tapis vert plein la tête. Lors d'une exposition consacrée au peintre Emile Morand, un inconnu pénètre dans la galerie, découpe au cutter l'une de ses toiles et agresse violemment Antoine qui tente de s'interposer. Antoine se retrouve à l'hôpital, une main sectionnée. Fini, le billard ! Le jeune homme n'a plus qu'une idée en tête : la vengeance. >Ajouter à ma sélection ![]() ![]() Caryl Férey Dix-huit mille meurtres par an, vingt-six mille agressions graves,
soixante mille viols officiels (probablement dix fois plus), cinq
millions d’armes pour quarante-cinq millions d’habitants : "Comment la
première démocratie d’Afrique pouvait être le pays le plus dangereux du
monde ?" Une réponse que trop évidente pour Ali Neuman, chef de la
police criminelle de Cap Town, Afrique du Sud. Un flic zoulou tentant
d’endiguer la misère des townships, de limiter les ravages des gangs,
des armes, de la drogue. Une mission comme une guerre perdue d’avance
dans un pays au bord du chaos, ravagé par la violence comme une
évidence et le sida comme un fléau. Flux et reflux des enfers dans un
équilibre de verre. La découverte de cette très jeune femme blanche
derrière le bosquet d’acacias du jardin botanique de Kirstenbosch comme
une fissure de plus. Nicole Wiese, fille d’un ancien champion du monde
de rugby "une poupée pomponnée à qui on avait envie de payer une glace
à la vanille" gît la robe relevée jusqu’à la taille, les jambes
mouchetées de sang, un petit nuage d’insectes autour d’un visage
massacré par les coups. Plus de nez ni d’arcades sourcilières, bouche
pulvérisée, front éclaté. Trente-deux points d’impact. Et l’autopsie
qui révèle cette drogue inconnue dont les effets dévastateurs semblent
déjà se répandre dans les quartiers. Et la mère d’Ali, l’autre rescapée
des milices de l’Inkatha qui vient de se faire agresser. L’enquête
parallèle nécessaire … entre les fantômes de l’apartheid mitant le
drapeau de la réconciliation nationale et les vieux démons s’accrochant
à la mémoire d’un pays où la misère est drue, la chaleur inexorable, la
violence crue, la mort vicieuse et les salauds gigantesques. Un univers
où les héros ne résistent pas. Zulu
est un polar qui a du cœur et du ventre, un récit sans répit, brut et
ciselé, mis sous tension par une sorte d’humaniste qui écrirait les
doigts dans la prise. Zulu, une lecture indispensable. Tout simplement.
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