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![]() Chroniques... Calcul mental 12-05-2010 Complots mathématiques à Princeton Charlotte Cavagnac séjourne chez son
père, à Princeton, afin d'y achever, au calme, un nouvel ouvrage de science
politique. Le plaisir des retrouvailles entre le père et la fille, deux
universitaires de haut vol, est terni par l'humeur sombre de Jean-Claude
Cavagnac. Et cette fois-ci, ce ne sont pas les mathématiques qui tourmentent le
professeur mais un secret si lourd qu'il refuse de le partager avec sa fille.
Le lendemain, on retrouve Cavagnac noyé dans le lac Carnegie, sa barque sabotée
avec tant de précision que la préméditation ne fait aucun doute. Cavagnac le
navigateur ne savait pas nager. Et ils n'étaient pas nombreux à connaître ce
secret. Uniquement des proches. La bande de Cape Cod. Une poignée d'anciens
étudiants en mathématiques, amis d'enfance de Charlotte, des compagnons de
folle jeunesse, dans les années 70, quand il s'agissait de se dresser contre la
guerre au Vietnam. Aujourd'hui, ils se pressent autour d'elle pour partager son
deuil, maladroitement. Roman policier et université font souvent bon ménage et ces Complots mathématiques à Princeton viennent, en quelque sorte, vérifier l'équation. Cet ouvrage, annoncé comme le premier d'une série, relève plutôt du roman policier psychologique. D'aucuns lui ont reproché son absence de critique sociale... et pourtant ! Complots mathématiques à Princeton décrit, avec beaucoup de finesse, la société qui gravite autour de Princeton. Certes, l'aisance intellectuelle y côtoie l'aisance financière mais l'une et l'autre ne mettent pas à l'abri des traumatismes de l'Histoire et des turpitudes humaines. La jeunesse des personnages est prétexte à une formidable évocation de ces bouillonnantes années qui séparent l'assassinat de Kennedy de la fin de la guerre du Vietnam. La présence d'universitaires français dans ce temple américain du savoir qu'est Princeton permet une confrontation, douce et instructive, de ces mentalités si différentes. On soulignera enfin l'originalité du modus operandi criminel... vraiment, il fallait y penser ! Sophie Colpaert Rencontre avec Claudine Monteil La mémoire dans le peau 02-04-2009 George Pelecanos Les Jardins de la mort Washington, un soir de décembre 1985. Dans les jardins communautaires du sud est de la ville, le sergent Cook se penche sur le corps d'une fillette. Un cadavre de plus dans une affaire qui n'en finit pas. Les petites victimes sont toutes tuées ailleurs. Et cette nuit, la pluie a achevé d'effacer les dernières traces, l'assassin pourra dormir tranquille. Adossés à leur voiture de patrouille, Gus Ramone et Dan Holiday observent la scène, à distance. Et Cook de houspiller ces blancs qui ne font pas leur boulot. Vingt ans plus tard, Cook est à la retraite. Dan Holiday fait le taxi pour des VIP. Son temps libre, il le passe au bar du Leo's, à distraire des hommes qui lui ressemblent, solitaires et ratés. Gus Ramone est devenu sergent et c'est lui qui se penche sur le corps d'un adolescent retrouvé mort dans les jardins communautaires du sud est de la ville. Un copain de son fils. Le corps a été découvert par Dan Holiday. Qui se revoit sous les ordres du sergent Cook, aux côtés de Gus Ramone. Un Ramone qui l'a poussé vers la sortie quand il était aux affaires internes et enquêtait sur les manquements de ses collègues. Dan Holiday ne le lui a jamais pardonné. Et Cook, même retraité, n'a jamais cessé d'enquêter sur cette affaire, de surveiller son principal suspect. Fort de la découverte d'un nouveau corps, Dan Holiday rend visite à Cook. Ensemble ils trouveront le coupable, histoire de damer le pion à Ramone. Ça n'est pas Ramone qui est chargé de l'enquête mais Wilkins. Qui devra fouiller la chambre d'Asa Johnson et interroger ses parents. Terrance Johnson refuse. Il ne veut voir que Ramone. Et Ramone doute des capacités de Wilkins, comme toute la brigade. Wilkins partira du préjugé qu'un jeune noir exécuté par balles, c'est forcément une histoire de drogue. Gus Ramone interroge son fils. Et Diego raconte qu'Asa s'était éloigné de ses copains, ne faisait plus de sport et lisait des tas de bouquins, au grand dam de son père. Ramone revoit quelques scènes. Asa au bord d'un terrain et Terrance qui le houspille, attendant de son fils qu'il devienne le footballeur qu'il n'avait jamais été. Asa subissait l'orage, tête basse. Diego a vu Asa quelques heures avant sa mort. Il était bouleversé, ne s'est pas arrêté et Diego s'en veut de ne pas l'avoir retenu. Tu ne pouvais pas savoir fils ... Washington, encore et toujours, sous la plume de George Pelecanos qui n'explore pas une capitale mais sa ville. Centré sur la communauté noire et les difficultés raciales qui émaillent son quotidien, Les Jardins de la mort est une histoire d'hommes : deux flics qui se sont trompés pendant vingt ans, un adolescent seul face à ses questions existentielles, un père et son fils affrontant la vie et ses embûches. Du tout grand Pelecanos, encore que l'expression fasse un peu cliché le concernant ! George Pelecanos, Les Jardins de la mort (The Night gardener, 2006), Seuil Policiers 2008, trad. Etienne Menanteau. Sophie Colpaert Polar historique 12-03-2009 La dame noire de Tony Gheeraert un premier polar historique en deux volumes, sur fond de Révolution cromwellienne, une des périodes les plus sombres et complexes de l'Histoire anglaise, rarement traitée dans la littérature policière … Chronique du livre et entretien avec l’auteur par Sophie Colpaert Grands Détectives 10-02-2009 Claude Izner La Momie de la Butte-aux-cailles Au fil des ans, la parution d'un nouveau Claude Izner est devenu un petit évènement pour les amateurs de ces promenades dépaysantes dans le Paris de la fin du XIXème. L'histoire commence en 2003 avec Mystère rue des Saints-Pères, premier volume des enquêtes du libraire photographe Victor Legris, couronné d’un Prix Michel Lebrun. Derrière ce pseudonyme de Claude Izner se cachent deux sœurs, Liliane Korb et Laurence Lefèvre, rompues à l’exercice de l’écriture à quatre mains. Longtemps bouquinistes sur les quais de Seine, elles ont d’abord ravi les enfants avec des histoires où les livres jouaient souvent un rôle de premier plan. Puis elles se sont tournées vers les adultes avec le très joli Sens dessus dessous (éditions Viviane Hamy 1999), roman policier qui mettait en scène, dans un Paris contemporain et pittoresque, un bouquiniste et une photographe. Enfin, pour la petite histoire, ces deux sœurs sont les nièces du célèbre parolier Francis Lemarque... Paris quand tu nous tiens !Monsieur Mendole, ancien professeur au Collège de France, désespère de voir les propriétaires de la librairie Elzévir lui fournir ses monographies de Chevreul. Kenji ne pense qu'à l'amour, Victor à la photographie et Joseph à son prochain feuilleton ! Et où trouver ces ouvrages de chimie que personne ne lit, à part Monsieur Mendole ! Seule Alexandrine Piote, dite tata Bric-à-brac, doit avoir ça dans son hangar. La brocanteuse est toute heureuse de montrer à Victor sa dernière trouvaille : un minuscule grimoire sorti des entrailles d'une carpe. Outre une puissante odeur de poisson avarié, l'ouvrage présente la particularité d'avoir été confectionné avec une fiche de paie savamment pliée. Quant aux formules qu'il renferme, seul un Monsieur Mendole pourrait les traduire. Mais Tata Bric-à-brac refuse de se séparer du grimoire. Tout juste permet-elle à Victor de recopier les formules et une adresse en forme de rebus. Quand Victor retourne chercher les Chevreul, Alexandrine se balance au bout d'une corde et le grimoire a disparu... Victor prévient la police et l'affaire échoit à l'inspecteur Augustin Valmy, qui n'a que trop entendu parler de ce libraire-détective par son prédécesseur, l'inspecteur Lecacheur. Valmy place Victor en tête de ses suspects et le soumet à un interrogatoire serré avant de lui coller aux basques deux policiers en civils aussi discrets que des renards dans une basse-cour. Secondé par un Joseph toujours bougon mais ravi, Victor ne peut résister à l'attrait d'une nouvelle enquête ... L'intrigue de ce huitième volume se fraye un chemin au milieu de multiples scènes de vie parisienne. Petit à petit, le puzzle se reconstitue, les liens entre les personnages et les lieux apparaissent ... sans éventer pour autant le mystère de l'intrigue. Les répliques sont toujours aussi truculentes et les personnages tous parfaitement crédibles. Le plaisir de cette série est aussi celui de voir évoluer ses personnages récurrents, là aussi sans faux pas. Les Claude Izner sont aujourd'hui traduits en Europe et aux États-Unis où ils rencontrent, partout, un franc succès. Quant à nous, lecteurs francophones, il nous faudra attendre janvier 2010 pour nous délecter du suivant... Mes hommages mesdames. Sophie Colpaert A pas feutrés 12-03-2008 Jacques-Pierre Amette Le Lac d'or Paris XIIIème. Noël. La neige et deux flics coincés dans une voiture. Ferragus et Barbey surveillent le Ryuji Hôtel où un sombre trafiquant de matériel nucléaire doit rencontrer des Birmans. Le tuyau leur a été donné par Chloé, une prostituée du quartier, une ex de Barbey. La planque ne donne rien. Mais on retrouve le corps de Chloé le lendemain matin, poupée disloquée sur les rails de la gare d'Austerlitz. La jeune femme est morte par étouffement. Elle était enceinte de huit semaines et commençait un cancer du foie. Barbey encaisse et tente de mener l'enquête, à sa façon, distraite, gaffeuse, maladroite. Un flic solidaire un peu pataud à la pensée vagabonde. De son côté, Ferragus avance, trouve des indices, accumule des preuves. Si vite que Barbey prend la mouche et s'imagine que son collègue, son seul ami, sa moitié, a entrepris de le doubler. Une promotion contre tout le reste. Alors Barbey traite Ferragus de tous les noms avant de s'effondrer contre lui. L'enquête sera menée à son terme, l'auteur du crime arrêté, mais est-ce là le plus important?...Sur une trame toute simple, mainte fois revisitée (le mari, l'épouse et la maîtresse), Jacques-Pierre Amette bâtit un roman policier tout en nuance, gris comme la neige en ville, triste comme un aquarium vide avec, en guise de soleil d'hiver, un phrasé limpide et mélodieux. Comme le roman policier est un genre encombré de références, inévitablement, on sonde sa mémoire de lecteur. On songe à Simenon pour l'ambiance du texte, pour le contraste entre la simplicité du style et la profondeur du récit. XIII ème arrondissement oblige, on cherche les fantômes de Léo Malet, Nestor Burma... mais Jacques-Pierre Amette, écrivain si confirmé qu'il est intimidant de rédiger un article sur un de ses romans, n'a pas besoin de référence pour retenir le lecteur dans le filet de son texte. Et la petite musique du Lac d'or est de celle qui joue en sourdine, doucement mais sûrement. La croix et la bannière 05-03-2007 Jean-Paul Grellier Le Calvaire des innocents C'est un Vendéen courroucé qui parcourt, en ce matin de mai 1817, le chemin de terre de la Motte-Giraud. Cette fois-ci, François Balquet est en avance et il ne ratera pas la patache de La Chataîgneraie. Mais au vieux calvaire de la Croix-Robert, un coup de fusil en décide autrement. Conseiller municipal, instituteur bénévole pour les enfants du village, François Balquet était une figure importante de cette région campagnarde où la vie s'égaille entre hameaux isolés, petits villages et gros bourgs. L'enquête est confiée à un jeune juge d'instruction de Bourbon-Vendée, Simon Nourry. Ce coin de campagne, le jeune homme ne le connaît que trop bien, et il n'y a pas que des bons souvenirs. Nourry ne voulait pas de cette affaire qui le renverrait sur les terres de son enfance mais le procureur a insisté... Accompagné d'un jeune gendarme, Jean Jeanneau, Simon Nourry se rend sur place. À leur arrivée, Saint-Jean-des-Lys est désert. Tout le village se recueille au cimetière, autour du cercueil de François Balquet. Simon constate rapidement que les mentalités n'ont pas changé. Il est resté "le fils du brigand", baptisé ainsi par les républicains en l'honneur de son père qui s'était rangé du côté des insurgés vendéens, royalistes, au temps de ces guerres qui ravageaient la contrée. Jeanne, la belle et blonde cousine qu'il retrouvait en secret, est désormais mariée à Louis Béchaud, propriétaire de la plus grosse tuilerie de la région. Simon n'en n'a rien su. Ses lettres sont toujours restées sans réponse... Le juge d'instruction et son gendarme sont à peine installés à l'auberge qu'une échauffourée villageoise leur amène un coupable tout désigné en la personne de Chasseloup, un ouvrier du coin. On retrouve chez lui des objets appartenant à Balquet mais Nourry n'est pas dupe: Chasseloup n'était pas très apprécié dans les villages, rapport à ces tueries où il s'est illustré pendant les guerres de Vendée et s'introduire dans sa masure pour y déposer de quoi en faire l'assassin de Balquet ne présentait aucune difficulté... pour qui connaît bien les habitudes locales... De son côté, la sœur du défunt se souvient d'une broutille et comme le juge insiste sur les détails... Quelques jours avant sa mort, elle a trouvé son frère, très troublé, devant une médaille et une liste de prénoms sur un bout de papier. Elle ne se souvient plus des prénoms mais elle est capable de décrire la médaille. Simon Nourry l'écoute et les paroles de Marie Balquet le renvoie brusquement à sa propre adolescence. Cette médaille, quand il l'a vu pour la dernière fois, ses mains l'accrochaient au cou de Jeanne... Cet épais roman policier historique raconte les guerres de Vendée du point de vue, pas souvent exploité, de ces petites gens ballottés au gré des remous de l'Histoire, s'engageant pour un camp puis pour l'autre, campant rageusement sur leurs positions ou essayant simplement de survivre. L'attention du lecteur est rapidement subjuguée par cette intrigue, soignée de bout en bout et régulièrement nourrie d'éléments nouveaux. Les personnages sonnent justes et sont tous parfaitement crédibles. La narration est basée sur une langue classique, toute de fluidité, savoureusement émaillée de patois local. Un vrai délice, même pour qui n'est pas vendéen! Sophie Colpaert : Le Calvaire des innocents est-il votre premier roman, votre premier roman policier et si oui, pourquoi avoir choisi, justement, le genre policier ? Jean-Paul Grellier : Le Calvaire des innocents est mon premier roman. Je ne sais vraiment si on peut le classer complètement dans la catégorie des polars. En fait, il est au croisement de trois genres : roman policier, roman historique et aussi roman de terroir. Ce qui ne m’a pas facilité la tâche pour trouver à être édité : trop "thriller" pour les romans de terroir, trop "terroir" pour le monde particulier du polar. Même l’éditeur Cheminements a eu quelques hésitations pour le choix de la collection, entre "Chemins Noirs", sa collection polars, et "une histoire pour l’Histoire" , sa collection de romans historiques. Finalement, c’est cette dernière collection qui a été choisie. S.C. : Pourquoi avoir choisi le genre policier ? J-P.G. : Inconsciemment sans doute parce que mes propres goûts en matière de lecture me portent assez facilement vers ce genre ! S.C. : Quels sont, justement, vos auteurs et vos romans de référence? J-P.G. : En fait je suis un peu "éclectique". Dans ma jeunesse je me suis nourri aux aventures d’Arsène Lupin ! J'adore aussi les polars historiques étrangers : Ellis Peters (Cadfaël), Raymond Van Gulik (le juge Ti), Boris Akounine. Aussi bien sûr Fred Vargas... Et Arturo Perez-Reverte, Le Tableau du maître flamand... un de mes romans préférés. Le cadre général du polar (détectives, enquêtes, fausses pistes, mobiles, suspects…) oblige à une grande rigueur dans la construction, correspondant assez bien à ma formation scientifique. De plus, dans un polar, on va "regarder" l’intrigue et l’évolution des personnages plus que le style littéraire. Rappel : je n’ai aucune formation littéraire et j’ai dû (après trente-cinq ans d’oubli) retrouver la grâce de la concordance des temps et la magie des imparfaits du subjonctif ! Le genre policier se prête admirablement bien à la construction de récits lorsque l’on veut aborder la face un peu noire de nos sociétés avec ses démences, ses folies et ses dérives, voire même la complexité de certains rapports sociaux. Le roman historique peut facilement diverger, soit vers des aspects plutôt frivoles (avec les amours de jolies princesses) soit vers un académisme un peu pédant. Y introduire le genre policier enrichit le récit en apportant le mystère et le suspense. S.C. : À la lecture du roman, on ressent, presque physiquement, toutes les tensions qui règnent dans ces bourgs vendéens si malmenés par l'Histoire. L'effet a-t-il dépassé votre plume ou était-il consciemment recherché? J-P.G. : Dès le départ, j’ai voulu structurer le récit afin d’y apporter du rythme, une sourde ambiance de mystère et de dissimulations et des moments à fort contenu émotionnel. Y suis-je arrivé ? Ce sera aux lecteurs de juger. J’ai situé l’intrigue à une époque [1817] postérieure de plus de vingt ans aux derniers combats de cette guerre de Vendée, considérée, par les historiens d’aujourd’hui, comme l’une des premières guerres civiles de notre époque contemporaine. Ce décalage dans le temps m’autorisait ainsi à aborder le problème de la reconstruction d’une société rurale ravagée par les haines et les massacres et ce qui va de paire, à savoir les démences, les dérives et les rancunes qu’entraînent les tueries fratricides. Sujet ô combien toujours d’actualité dans bon nombre de régions de notre globe. S.C. : Le roman fourmille de détails matériels sur le quotidien des petites gens de cette époque, leur parler, leurs habitudes de vie... Avez-vous fait beaucoup de recherches pour restituer ces éléments? J-P.G. : N’étant pas historien de formation, il n’était bien sûr pas possible de vouloir reconstituer une société rurale d’il y a presque deux siècles sans procéder à de nombreuses recherches. Recherches dans les archives locales : pour donner une couleur "vraie" aux patronymes et aux lieux-dits, pour cerner les métiers des gens, pour appréhender des réalités sociales (comme les abandons d’enfants)… Recherches aussi (tant en bibliothèque que sur Internet) pour sans cesse vérifier les moindres détails (par exemple, un petit notable campagnard pouvait-il porter une montre à gousset en 1817 ?) ou pour donner du corps à l’environnement historique (comme sur la conscription militaire, la description des uniformes de hussards…) Enfin, une grande part des détails mentionnés viennent de mes propres souvenirs (comme ces surnoms étonnants qu’on pouvait donner aux attelages de bœufs) et de ce que racontaient mes aïeux lorsque j’étais enfant. S.C. : Retrouvera-t-on Simon Nourry et Jean Jeanneau, le sympathique gendarme, dans de nouvelles aventures? Des projets de romans policiers? J-P.G. : J’ai écrit un deuxième roman. Un polar plus actuel dans lequel j’ai voulu apporter une vision personnelle des classes moyennes d’aujourd’hui et de ceux qu’un homme politique français qualifiait de "France d’en bas" en privilégiant une tonalité "douce-amère" et ironique. Il n’est pas encore publié. Peut-être le sera-t-il un jour ? Quant aux héros du Calvaire des innocents, ils ont été définis, dès le début, pour pouvoir être récurrents. Mais ça, c’est une autre histoire ! Entretien réalisé par mail au mois de février 2007 Duo 13-12-2005 Dominique Sylvain Passage du Désir et La Fille du Samouraï Depuis 1995 et son entrée dans le polar (Baka!, ed. Viviane Hamy) avec un couple d’amants terribles, la détective Louise Morvan et le commissaire Serge Clémenti, Dominique Sylvain nous entraînait régulièrement dans les recoins les plus sombres de notre époque, des trafics d'oeuvres d'art, rave-party et boys-bands comme autant de miroirs aux alouettes aux découvertes pharmaceutiques qui sèment la mort au lieu de rendre la vie... Ses intrigues étaient touffues, ses personnages tourmentés. Ses romans se distinguaient par leur ambiance inimitable, unique, un ton Dominique Sylvain résolument moderne, exact reflet humain et technique de notre époque contemporaine. En 2004, avec Passage du Désir (ed Viviane Hamy, Grand Prix des lectrices de Elle) et La Fille du Samouraï (ed Viviane Hamy 2005), la romancière opère un virage à quatre-vingt dix degré et introduit de la couleur dans ses romans, de la poésie et beaucoup, beaucoup d'humour. Les enquêtes reposent à nouveau sur les épaules d'un duo qui fleure bon l’originalité et la fantaisie. Ingrid Diesel et Lola Jost. La première est une belle grande fille. Une américaine qui a parcouru le monde et connut bien des aventures. Elle a fini par poser ses valises à Paris, masse le jour et ondule la nuit dans un numéro de strip-teaseuse jalousement protégé. La deuxième accuse son âge et une vie professionnelle trop remplie. Le corps est enrobé, la voix rauque et les pensées souvent à marée basse. Commissaire de police fraîchement retraitée, Lola bougonne devant ses puzzles en sirotant du porto. Elle ronchonne ferme quand Ingrid l'entraîne dans une enquête mais une fois lancée, l'enquêtrice redevient imaginative, experte et coriace, le verbe haut et l'oeil pétillant. Dans cette nouvelle série, le style de Dominique Sylvain a encore gagné en précision. Le mot sonne juste dans une syntaxe ciselée où rien n'est laissé au hasard. On devine une attention de tous les instants et les dialogues fusent, rapides, brillants, et surtout très drôle. Lola Jost, ancienne prof de français, a l'art des citations tandis qu'Ingrid Diesel, avec ses tâtonnements dans la langue de Molière, se fait reine de l'à-peu-près. ![]() Dans Passage du désir, les deux amies enquêtent sur l’assassinat d’une jeune fille de leur quartier. Chloé partageait un appartement avec deux copines de lycées, Vanessa et Khadidja, la bouillonnante compagne de Maxime Duchamp, qui régale le quartier depuis ses fourneaux aux Belles de jour comme de nuit. Chloé assassiné, le commissaire Jean-Pascal Grousset, dit le nain de jardin, commence par embarquer les filles. Et comme il n’a finalement rien à leur reprocher, il se tourne vers Maxime Duchamp, dont l’ex femme a été assassinée elle aussi douze ans auparavant. Autant dire que ça sent le roussi pour le cuistot. Sauf qu’Ingrid en pince tellement pour l’ancien baroudeur qu’elle parvient à entraîner Lola dans son sillage. Après tout, les Belles, c’est aussi sa cantine… Dans La fille du Samouraï, Ingrid entraîne Lola à enquêter sur la mort d’Alice Bonin. La jeune comédienne, qui jouait les sosies de Britney Spears pour Paris est une fête s’est jetée par la fenêtre de l’Astor Maillot dans son costume de scène. La police a conclu au suicide mais son père n’en croit pas un mot. Il confie ses angoisses aux mains expertes d’Ingrid qui lui promet son aide et celle de Lola. Mise au pied du mur, la commissaire retraitée rechigne sec et finit quand même par se mettre en route ! Pétillant, drôle et inventif, La fille du samouraï procure un grand moment de délassement, de quoi se réconcilier avec une époque pas toujours très folichonne. Vivement le suivant ! |
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