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![]() Chroniques... Nordique à fond 19-01-2010 En littérature et autres occupations giboyeuses, il n’a pas été assez clamé la grandeur inexorable des harengs-pommes-à-l’huile. Cette recette, qui a la netteté du drakkar fendant les flots tranquilles d’un fjord froidement nordique, s’appuie sur la perfection de l’oignon, de la carotte, du poivre en grains, de l’huile (anciennement de phoque ou de baleine et maintenant, pauvrement, d’arachide ou de colza) et surtout de la patate qui, on ne le sait que trop peu, a sauvé plus de monde que la pénicilline. Le tout servant de spa ou de piscine au merveilleux hareng, en filets, le sublime clupea harengus, de la famille des clupéidés, poisson téléostéen marin effectuant des migrations de ponte en bancs énormes, qui, on le sait maintenant, a sauvé plus de monde que le corned-beef (qui, lui, en a tué beaucoup). On peut servir et déguster cette merveille de la nature de maintes façons, ça serait trop long de les énumérer, mais la meilleure reste celle qui est l’objet de cet hommage. D’ailleurs, par temps de crise ou de fermeture de l’épicerie du coin, on a toujours chez soi une de ces terrines suintantes, en grès, où marinent depuis plusieurs mois, comme des tranches de mammouth à l’intérieur d’un glacier, ces fameux filets. Et quand on les déguste, c’est aussi salé que de la cuisse de viking, c’est aussi sucré que de la joue de petite marchande d’allumettes, aussi passionnant qu’un Indridasson, aussi craquant que la bite d’Ingmar Bergman, c’est de l’Absolute IKEA dans l’estomac. On a dit souvent que la Suède est le seul pays où même les nuages sont intéressants, eh bien il faut aussi proclamer que le hareng-pommes-à-l’huile est la seule recette où l’huile peut servir, ensuite, à huiler le bois de la table, ou gominer vos cheveux, façon mafioso.Jean-Bernard Pouy La saison des châtaignes 30-06-2009 Le 4 juin, à l’occasion du vernissage du Polart des Habits Noirs (exposition consacrée aux œuvres picturales d’auteurs de roman noir), Francis Mizio et Jean-Bernard Pouy, affûtés, se sont affrontés en un saignant duel littéraire autour des grands clichés, banalités, poncifs, stéréotypes et autres lieux communs qui parasitent le roman noir et la littérature "blanche". Pouy faisait le Noir, Mizio la Blanche, ce fût un régal ! Une performance unique dont nous vous proposons aujourd’hui le texte, inédit. (veinards !) Lire Les marronniers (et en prendre de la graine !) Un auteur se couche devant un concurrent 07-03-2008 Après tout, ce roman m’est dédié. Je suis donc convié à en parler, d’autant plus que ce texte m’a ravi (au sens premier du mot). J’étais comme une Sabine dans les bras noueux d’un Romain. Ça part d’un épisode breton, d’un matin brumeux et relativement glacial au Festival de Lamballe. M’étant réveillé très tôt, je me suis retrouvé dans les rues désertes et grises du Dimanche. Personne. Les arbres humides et sombres. Le silence ouaté par les nuages bas. Aucune tristesse. Pas de glauque. Le calme avant une possible tempête. Un tout petit peu de tristesse. Et, tout à coup, je vois un type assis sur un banc, de dos, recroquevillé, tout seul. Une vraie apparition. Un zombie, un mort-vivant, peut-être un fantôme. Je ne sais pas qui c’est, il ne sait pas que je suis vingt mètres derrière lui. Je prends cette ombre en photo, un cliché obligatoirement un peu merdique, avec un appareil jetable. Après je découvre l’inconnu. Pascal Garnier. Aussi matinal que moi. Autant désœuvré que généralement inquiet du jour qui se profile. Un peu perdu loin de chez lui, de son atelier, de ses proches. Pas du tout amer. Juste décalé. Comme ce matin de novembre qui tente de s’organiser autour de lui. Plus tard, je lui ai envoyé cette photographie qui lui a procuré un plaisir auquel je ne m’attendais pas. J’étais content. Tout simplement.Et voilà que cette simple photo est le point de démarrage de son roman, La Théorie du Panda (éd. Zulma). Comme quoi… Et ce texte, je le trouve (plus même, je le vis) aussi décalé que Pascal, sur son banc, dans le petit matin breton. Si c’est un formidable roman noir, ce n’est pas uniquement grâce aux explications finales, qui noircissent plus qu’elles n’éclairent le destin des êtres habitant ce récit comme des ombres à la fois inquiètes et étrangement calmes. C’est surtout qu’à travers des moments doux, l’amour de la cuisine, les pérégrinations de zinc, l’approche que chacun a de l’autre, l’amour toujours possible, l’apparent détachement face aux jours, se pointe, s’installe, se fige, comme une mauvaise graisse, ce qu’on appelle la diffuse douleur du monde. Ce dysfonctionnement métaphysique qui en fait plus pour la grandeur du polar que les enquêtes de flics ou les délires de médecin légiste. La raison du récit, brutale, inédite, impossible à prévoir, n’est pas une résolution. C’est une belle illustration de ce qu’on appelle le manque. Et c’est aussi une belle leçon de morale. La vraie, la dure, la difficile. D’ailleurs, pour un être humain qui veut encore se regarder dans un miroir, c’est aussi la seule possible. En ayant eu, avant, une terrible trouille. Il faut lire ce parcours et, ensuite, s’asseoir sur un banc, au milieu d’un autre banc, mais de brume, celui-là. Jean-Bernard Pouy La moisson grise de zeg Blestik 26-02-2008 Pendant les Fêtes et après, rien dans les poubelles. Le désert du Sens. Un reg culturel. Un erg littéraire. Enfin… rien. En fait il y avait, par tonnes, tout ce que les gens n’ont pas voulu comme cadeaux et, pour couronner le tout, les cadavres de roteuses et les emballages de bouffe tout azimut. J’ai failli devenir collectionneur de boîtes de foie gras. Mais, l’autre matin, un livre, enfin, un drôle de livre carré avec, sur la couverture, un dessin plein de couleurs comme dans ma jeunesse. Un petit livre comme je les aime, dont je peux lire une bonne moitié en revenant, en tromé, de l’usine d’incinération. Et, surprise, j’ai loupé ma station. Ce n’est pas parce que c’était du haripoteur, mais parce qu’il y avait une telle santé, une telle méchanceté gratuite, un tel catalogue d’injures vachardes et bien senties que j’ai dû reprendre la ligne en sens inverse sur au moins cinq stations. Le sujet n’est pas nouveau nouveau, en gros c’est le syndrome le Couperet, un type qui élimine tous ceux, devant lui, qui sont sur la liste des dix premiers du Top 50, de façon à être enfin premier et de se faire les babasses en platine. Le terrain de jeu : la musique, cette chanson dite "nouvelle chanson française", mi-pop mi-engagée mi-rebelle mi-mainstream. Et avant que notre héros sublime, lui même parolier/chanteur ne bousille tous ces nuls, pourris, vendus, ignares, il en dresse un portrait suffisamment parlant pour que l’on prenne un plaisir inouï à reconnaître qui c’est. Du coup, deux avantages : l’auteur ne risque pas de procès (les noms ne correspondent pas) et nous sommes tellement d’accord avec lui que c’est un vrai plaisir coupable. C’est écrit net, précis, rapide, imagé, bizarrement ça ne se répète pas, c’est violent, juste ce qu’il faut pour en avoir une certaine jouissance. En plus, c’est pondu par un chanteur, un vrai, qui, à mon humble avis, ne fait pas que régler ses comptes, mais déclare aussi un envahissant amour pour cet art populaire. Le mec qui a jeté ce livre ne devait aimer que Barbelivien, Tokyo Hôtel ou Gustav Mahler. Bonne pêche… Ne jetez pas les livres, donnez-les ! Serial loser de Pierre Hanot, Collection Polar Rock, ed Mare Nostrum.
Zeg Blestik, éboueur critique Les inédits d'Emmanuel Brocante 18-02-2008 J’ai trouvé, par hasard, mais, des foies, le hasard fait bien les choses (vive les Puces, à bas les morbaques !) un carnet manuscrit qui, un fois dépiauté, s’est révélé être une petite somme de notes écrites, apparemment, dans le train Paris-Lausanne, par Frédéric Dard lui-même.Il y a des rappels, des bribes de sujets, des anecdotes, des séries de noms, etc… et quelques passages écrits à insérer dans des romans futurs. Je vous en livre un qui était destiné à un San Antonio, prévu pour s’appeler : "À POIL TEFAL !" Apparemment, ça se passe lors d’une visite dans un parloir de prison… "... Alors je la vois derrière la vitre, la souris, dont on devrait commencer par vous montrer des photos d'elle bébé à sucette, puis enfant à jupettes, un tout petit peu adolescente à boutons, avant de vous l'amener direct, histoire de vous conditionner pour le grand choc.Cette nana, c'était le grand huit. Vous savez comment on est, nous, les auteurs de talent. Une gisquette avec un tel code barre, somptueuse, un regard de garce, on la compare aussi sec, et sans cornichons, avec une panthère noire dans le zoo, qui ondule derrière les barreaux en vous matant à travers le costard. Et la panthère, de nos jours, par rapport au bœuf, c'est cher. Mais le talent ne tient pas compte de la bourse de chez Fauchon. Il ne chipote pas sur les paraboles. Mets ta phore là, sur le guéridon et laisse parler la bête. Ça te fera faire des éconocroques sur les comparaisons. Et ben non, tu verras très vite ton stylo qui débande, toi qui démarre dans la carrière, si jamais tu lésines. Puisque t'es dans la panthère et ben en avant, passe la première, et tu leur en colles de la panthère, et noire et rose. Et t'en mets du kilo, sinon le client s'aperçoit de l'arnaque. Il aime la qualité. Plus il y a de mots, plus il est content. Et puis, les pisse-froid, tous ceux qui disent le ciel est bleu, au lieu d'un ciel aussi bleu que le cocard de la patronne du Reinitas après la troisième mi-temps du match Brive/Tulle, où les supporters de Brive crient BRI-VEU, BRI-VEU et ceux de Tulle TUE-LE, TUE-LE, ceux-là, on les repère vite, on se passe le mot, on se dit, Machintruc, il truque, il a écrit "belle comme le jour" au lieu de simplement dire, belle comme une aurore sur la plage de St-Jean des Monts au mois d'Août. Bref, tout ce déconnage abject pour dire que Ginette, c'était de la panthère comme on en fait plus, de Somalie ou des Philippines, enfin par là, ah foutredieu la belle personne. Déjà, y'avait un gardien qui la matait, alors elle l'a regardé, avec des yeux de Président de la République annonçant au contribuable que le ticket de métro augmente de 50%, elle lui a lancé tu veux ma photo, maton ?, ce qui en disait déjà long sur les diplômes de la créature. Je ne savais pas par quoi commencer pour la décrire. Les jambes ? le Musée du Louvre. On passe au visage. Le Prado. Je descends vers les loloches : la Samaritaine, un et deux. Les deux tomes du Grand Robert. Et je pèse mes mots, mec. Des flotteurs en montgolfière, des pare-chocs en blague à tabac. Et puis, en dessous, puisqu'il n'y a que ça qui t'intéresse, alors là, la panique de la sémantique, des cuisses, des jambons cuits à l'os, de vraies épaules qui marchent, et puis la gidouille et le buffet, la cage à pain, la brioche et le bureau et, encore en dessous, là, t'en peux plus, tu vas payer une taxe, mec, je devine, sous la blouse de l'administration pénitentiaire, le Triangle des Bermudes, la salle des fêtes, le vrombissement de Rimbaud, l'abricot et le bégonia, le terminus du nénuphar, l'étagère à crayons, la barbiche à Trotsky, la spécialité à Troisgros, le millefeuille du greffier, la poésie de la prose, le chat de la mère Michel, la boîte de Pandore comme un bienheureux, et surtout, oui surtout la cabine du photomaton, avec le tabouret qui monte et qui descend, la monnaie dans la fente, le flash en pleine poire, tu tires le rideau et pour une grimace tu as quatre tirages, faut attendre cinq minutes pour que ça sorte, ça met longtemps à sécher, ça coûte pas cher et t'es content... Je ne crois pas avoir oublié quelque chose. Oh et puis si, tiens, une tête de fille intelligente, si bellement intelligente, laïque et obligatoire que les larmes m'en pleuvent, tiens, regarde ma cravate qui rétrécit !..." Hein ? C’est-y pas beau, la recherche ? EB My name is Brocante … Emmanuel Brocante … 08-02-2008 À ma grande surprise, j’ai appris, un jour, que Ian Lancaster Fleming avait voulu créer, en James Bond, un héros réaliste "plus ou moins dans la lignée de ceux de Dashiell Hammett et Raymond Chandler". Ce qui expliquait, bien plus tard, le curieux et coupable plaisir que j’avais eu en lisant les romans de cet écossais des Caraïbes, puisqu’ils avaient été écrits sous la "protection" de mes deux romanciers "noirs" favoris. D’ailleurs, il faut rappeler que les deux premiers "opus" de Fleming traduits en France, Moonraker (n° 402) et Diamonds are Forever (n°432) sont parus dans la Série Noire, avec ces titres absurdes* propres à classer l’auteur dans un genre auquel il ne collait pas totalement. Le pauvre, après, il s’est retrouvé sous des couvertures qui installèrent sa littérature dans la confusion du mariage quasi contre nature avec le cinéma. Il faut le dire (même si j’adore les deux premiers), les films ne ressemblent pas aux romans. Car je me souviens parfaitement, en découvrant, par hasard, cet écrivain populaire, d’une sensation de plaisir cynique et surtout de "fraîcheur", celle que n’avaient jamais eu, ou du moins n’avaient plus, tous ces récits espionno-policiers formatés CIA, disons à la OSS 117 et consorts. Ce sentiment glacial propre à un humour, of course britannique, installant la distance nécessaire à gober les allusions, pour une fois assez réalistes, à ce monde parallèle que l’on trouvera ensuite dans les romans plus kafkaïens et littéraires de John Le Carré. Il est vrai que Fleming, comme son compatriote, savait de quoi il parlait, ayant longtemps travaillé pour les services secrets britanniques. Mais, le grand ennemi, l’Union Soviétique, était mentionné sous les oripeaux drolatiques d’une organisation en phase avec les codes de la littérature populaire, le SMERSH, qui deviendra, peu à peu, le SPECTRE, moins directement lié à l’Est, en tous cas plus fantômatiquement. Il y avait cette rapidité, ce sens de l’ellipse, une constante élégance lui permettant d’éloigner la vulgarité plombant ce genre de production, et tous ces échappatoires, loin d’être anodins, ces apartés, ces sous-entendus, ces descriptions de nature comme Chandler se permettait d’en faire, ces quelques digressions utilisant le droit à la méchanceté inique, et même, ce qui était rare, une certaine émotion. Je me souviens, par exemple, que l’un de ses romans, Au Service Secret de sa Majesté, se nourrissait d’une sorte de détresse, celle de la perte brutale de l’être aimé. Sûr de ce qu’il produisait (il avoua plus tard qu’il avait voulu bien "rigoler" en écrivant Casino Royale, son premier texte), Ian Fleming, même s’il n’a pas découvert la pénicilline, avait sincèrement choisi son camp. Celui des oiseaux noirs. D’ailleurs, il avait trouvé le nom de son personnage unique en hommage à un ornithologue auteur de son livre préféré : Birds of the West Indies . Ce genre de blague qui l’éloignait, dès le début, des tentations narratives à la Graham Greene ou Eric Ambler. Ce qui, ça c’est dur, a permis à Bons Baisers de Russie d’être un des romans préférés de John Kennedy. Aaargh.* Chauds les glaçons et Entourloupe dans l’azimut … La moisson grise de Zeg Blestik 07-12-2007 Lire la suite JB Pouy écoute les Précisions d’Emmanuel Brocante 05-12-2007 Lire la suite JB Pouy est aussi brocanteur 20-11-2007 La pièce, écrite en 1662, date où Corneille s’installe à Paris, se situe entre Sertorius et Sophosnibe. Donc en pleine période tragique. Elle n’est pas complète, soit elle n’a pas été terminée, soit la plus grande partie a disparu. Dans ce qui reste, j’ai choisi trois extraits dignes de figurer dans une anthologie noire. Je dirais même que c’est tellement beau qu’on croirait du Victor Hugo ... Lire la suite Pouy est Blestik 15-11-2007 La moisson grise de Zeg Blestik Tous les matins, à l’aube, à l’heure où le Vélib’ roupille encore en bande, sur ma benne, je suis le roi. Je ramasse tout ce que mes semblables ne veulent plus. En général, ça pue, ça coupe, ça croupit. Mais, parfois, sous un emballage de merdes au chocolat (pléonasme), ou mélangé à des tas de journaux gratuits, je déniche un livre. Alors, je le prends. Je le lis. Et je me demande pourquoi il a été jeté comme une boîte (vide) de raviolis. Le mec (citoyen, puisque c’était dans une poubelle jaune) qui a jeté Adios Heminghway est un gros béotien. Soit "Papa Ernest", avec son côté corrida/armes à feu/grande gueule progressiste/mythe littéraire alcoolique le gonflait à mort, soit cet imprévoyant détestait tout ce qui arrive de Cuba. Pourtant, ce court roman noir est comme un daiquiri tiède bu sous un manguier un peu poussiéreux. Un ancien flic, El Conde, écrivain en puissance, se retrouve à enquêter ("…à présent, il était un foutu détective privé dans un pays sans détective ni rien de privé…") sur un cadavre trouvé dans la villa qu’Hemingway occupait, il y a un paquet d’années, dans les environs de Cojimar. Eh bien, ce lecteur aveugle s’est débarrassé d’un joli texte où l’auteur se demande toujours aujourd’hui, dans la touffeur d’un pays indécis, si le mythe du grand barbu doit rester intact ou bien s’il faut l’entacher à jamais de petitesse meurtrière. On apprend plein de trucs sur le fana de la pêche au tarpon au Ritz (une culotte noire d’Ava Gardner, par exemple) et l’on découvre des vérités premières qui font plaisir à lire : "Souviens-toi qu’il existe beaucoup de sortes d’écrivains (…) : les bons écrivains et les mauvais écrivains, les écrivains qui ont de la dignité et ceux qui n’en ont pas, les écrivains qui écrivent et ceux qui prétendent écrire, les écrivains fils de pute et ceux qui sont des personnes décentes…" Et toc. Je garde. Sous un cageot, un vendredi matin, j’ai trouvé un polar, une Série Noire, c’est, il faut bien le dire, ce qu’on trouve le plus, comme si les gens, bordel, avaient toujours honte de lire ce genre de littérature. Le titre : La tribu des morts, une sombre histoire qui, tout en restant dans la zone impalpable de Marne-la-Vallée, parle encore de l’Afrique, tout aussi impalpable, notamment du Congo, ex-Zaïre, mais toujours terrain de jeux pipés, de mort, de corruption et de souffrance. Et l’on remonte même jusqu’à Lumumba, c’est dire que ça ne date pas d’hier et des Belges. Tout ça vu à travers les yeux (épuisés), le regard (cynique) et l’enquête (pourrie mais visionnaire) d’un flic au bord du grand ravin gris, la barranca chère à Malcolm Lowry. Mais ce qui est vraiment étonnant dans ce roman français, c’est que, plus comportementaliste, tu crèves. L’écriture, dégraissée au karcher, ressemble à celle des grands américains (cf. James Cain), avant qu’ils ne se laissent eux-mêmes aller à l’inquiétante et mondialiste d’ormessonisation. Je n’avais pas vu ça, mené et maîtrisé impec, depuis Manchette. C’est dire. Je garde. Dans la même rue, sous deux roteuses, un autre bouquin, un petit, avec du texte et des jolis dessins. La personne qui l’a balancé devait être un Verlainophile, puisque ça s’appelle Terrine Rimbaud. J’peux pas vraiment vous raconter cette folie qui amène la preuve définitive de la collusion entre poésie et charcuterie. Parce que tout simplement, ça s’raconte pas, ça se déguste en apéro. Le début, c’est : "Jovedi Merdouilla n’était pas un poète comme les autres. D’abord, il s’appelait Merdouilla, qui est plutôt un nom de peintre". Le niveau… Je garde. Et je gueule, seul sur ma benne, dans le petit matin glauque :"Ne jetez jamais les livres, donnez-les !" Zeg Blestik, éboueur critique |
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