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![]() L'actualité du polar : les livres... Plus on est riche plus on a à perdre 07-07-2010 Mo Hayder Proies Jours de bourrasques et d’eau, novembre dans le Somerset. Scène de crime dans un parking. Un homme, le visage caché par un masque de père Noël vient de voler la voiture de la femme du pasteur Bradley alors qu’elle chargeait ses courses. Martha, 11 ans, était à l’arrière. C’est le troisième vol avec "complication", et les heures qui passent, la fillette qu’on ne retrouve pas donnent malheureusement raison au sergent Flea Marley de la brigade de recherche subaquatique, persuadée que le mobile n’était pas le vol. "Ce n’est pas les voitures qu’il veut mais les enfants". La police est sur les dents, la population sur les nerfs, les familles sur le grill. La traque est lancée, le temps suspendu, l’angoisse démultipliée par les provocations de l’insaisissable ravisseur qui mute avec la rapidité d’un virus et d’autres fillettes qui disparaissent. Mo Hayder renoue avec le duo disloqué Flea Marley et Jack Caffery (le commissaire brillant mais sombre), relance avec maîtrise la mécanique anxiogène de la victime quotidienne (donc potentiellement vous, moi, nous …), triture les peurs dans les coins d’ombre et les secrets dans les recoins du passé. Intrigue solide, atmosphère étrange, fantômes récurrents. Efficace septième opus, mais sous Tokyo. Room service 05-07-2010 Tecia Werbowski Chambre 26 Paris, le 25 octobre 2008. Ce qui aurait du être l’une de ces matinées prévisibles et normales à l’hôtel Saint André des Arts. Mais deux petits chiens dans une chambre du troisième qui hurlent à la mort et de l’eau qui s’infiltre dans le plafond de la réception. Le gardien qui force la porte et découvre le corps d’un homme nu, tout rouge, probablement à cause de l’eau très chaude, étendu dans la baignoire. Étranglé. Un meurtre a été commis dans la chambre 26. Le premier cas criminel pour Patrick Vernier tout juste nommé détective aux homicides. Un crime sans trace, l’eau chaude a effacé les empreintes, il n’y a ni vêtements ni papiers dans la chambre. Les médailles des chiens comme unique piste, tchèque, et Maya Ney, la vieille polonaise de la chambre 3 comme principal témoin. Court récit, étrange, complexe et concis dans les détours des villes, les méandres de l’histoire et les sinuosités de l’homme.Le Poulpe 268 30-06-2010 Chrysostome Gourio Le dolmen des dieux Un matin en rose bonbon chez Chéryl, le Poulpe émerge submergé par la cinquantaine. Alors "en faisant le compte des taloches qu’il avait distribuées et de celles qu’il avait reçues en partage, en regardant ces yeux qui n’étaient plus tellement les siens mais où brûlait toujours la fièvre libertaire qui le poussait en avant, en contemplant ce sourire qui ne reflétait pas son âge et pouvait encore faire craquer quelques minettes, il avait décidé de prendre des vacances. Des vraies. Des longues. En solitaire". Direction Saint-Cast-le-Guildo pour un bout de chemin avec lui-même. Pas pour toujours. Juste le temps de se ressourcer. Et puis à l’aube d’une nuit d’un bel orage, à la limite de la tempête "de ceux qui embrasent la nuit comme un feu d’artifice américain à Bagdad" on repêche les corps de Loïc et Dilek, deux gardes de la Réserve naturelle et ornithologique du cap Fréhel. Deux grandes gueules en tête de tous les cortèges, surtout connus pour leur engagement. Leur mort comme un sacré coup en travers de l’artichaut. Et tout de suite ce picotement caractéristique qui tiraillait toujours la base du bulbe de Gabriel Lecouvreur avant qu’il ne se jette à corps perdu dans l’une de ses croisades, parce que quand même deux mecs qui tombent à la flotte par une nuit de tempête dans un coin pareil "ça pue comme du poisson échoué depuis trois jours par grande chaleur" … Un Poulpe breton, lyrique, référentiel et combatif. Chouette ! Chronos 28-06-2010 Éric Halphen La piste du temps Un soir d’hiver à Neuilly. Un anniversaire de mariage. Denise et Maurice deux retraités qui sortent d’un restaurant huppé. Une envie pressante, un passage dans la palissade protégeant un chantier. Mais sur le sol, une forme en boule. Le corps d’un homme vêtu d’un costume, un seul pied chaussé. Mort, tué par balle. Du gros calibre apparemment. Alors un coup de fil nocturne au commandant Bizek, chef de groupe à la Criminelle. Palma, Degraeve, Archaoui et les autres, la brigade mobilisée. La victime vite identifiée : Marc Chaussoy, un ancien coureur de demi-fond dix-sept fois international. Les maigres pistes rapidement explorées : l’ex-femme, les maîtresses, une carte de parking retrouvée dans la poche du cadavre. Nanterre, le juge Jonas Barth saisit par l’affaire, à peine saisit de l’affaire : la victime fut son premier ami. Curieuses retrouvailles. Piste du temps à rebours pour le juge, veuf, le bureau comme résidence secondaire, une langueur intangible, mais sa petite fille, une voisine, la vie qui depuis peu reprenait ses droits, l’enquête et tous ces souvenirs. Pour les flics, des vieux de la vieille, des bleus, les insomnies, des solitudes, les décalages. Pour l’enquête, les relations de Chaussoy dans les milieux politiques, le cadavre plus bavard mort que vivant, la trouille, un corbeau, des pressions, des menaces, d’autres meurtres, des montres de luxe, l’intrusion politique dans une affaire de droit commun et cette bonne dose de drame nécessaire pour affronter l’écoulement du temps. Une seconde enquête du tandem Barth-Bizek (après Maquillages) minutieuse, nourrie par un sens vivant du détail, une attention particulière à tous ces destins qui se percutent, ces tranches de vies saisies qui tissent le tout, loin du sensationnel, dans la droite lignée des grands polars français des années 70 (et l’ombre de Ventura dans Dernier domicile connu). Un certain laisser-aller 23-06-2010 Parce que c’est enfin un peu l’été et qu’on lève le pied (dans nos tongues), en juillet (et pour nous c’est déjà juillet !) sur NCP, les chroniques seront hebdomadaires (ou bi-hebdomadaires) parce que bon. Rendez-vous donc en ligne les lundis (sûr) et les mercredis (peut-être) … Highway to Hell 21-06-2010 Benjamin Legrand Le cul des anges Il y a Dimitri, le tueur russe. L’arrivée à Nice. L’attaché-case avec les instructions. La cible, claire. Et le sac contenant les armes à récupérer dans une des consignes de la gare. Mais la fille à piercing et chien énorme, jolie, qui lui arrache le sac. "C’est à ce moment là que tout a commencé à merder". En plus il y a Henri-Pierre, l’homme d’affaire riche grâce à la perversion des autres. Le commandant Valentine et le flamand ses associés, gluants. Leurs trafics et leurs magouilles. Des snuff movies. La belle Astrid, mystérieuse. Il y a Lola, ancienne physionomiste au don rare devenue chanteuse d’un groupe de rock après une fusillade et l’amnésie. Le groupe, Le Cul des anges, les concerts, le Héron, manager. Il y a Lucien 72 ans, veuf discret et Fernand 76 ans, ancien du milieu, partenaires de pétanque. Les cris d’enfants maltraités, torturés même, provenant de l’appartement voisin. Le Gurkha qui n’aimait ni les femmes, ni les hommes, ni les enfants, ni les animaux, un tueur qui aimait tuer, point. Taylor, le géant noir, la gorge tranchée. Et ce putain de facteur humain. Le meilleur des pires scénarios où tout s’enchaîne, s’emboîte, s’encastre, se percute, se répercute, se soude, se dissous, se dessoude avec une précision machiavélique, une énergie diabolique, un art déployé du règlement de compte et du dégât collatéral, un irrépressible sens du piège et de la suggestion. Les Habits neufs de l'empereur 17-06-2010 Franz Bartelt Parures Un drôle de quartier. "Quinze hectares à l’est de la ville qui, par blocs successifs, séparés par des baraquements entassés les uns sur les autres, répandent toutes les espèces possibles de ruines", un dépotoir. Regroupant les refoulés, tout ceux qui ne comptent pas, "les sans valeur marchande, les insolvables, les étrangers, les vieux, les gros buveurs" qui vivent au plus facile. La mère et son fils au neuvième étage d’un bloc pourri habité par des "insupportables". Un existence méthodique et sévère. La mère, propre et coquette, ne fréquente personne. Enfermée dans ses rêves peuplés de princes et de princesses, rivée à ses manies, à ses habitudes, à ses principes, elle ne sort que pour toucher ses allocations au bureau de secours de la ville et les dépenser dans des magasins de vêtements chers pour le petit prince. Comblée par l’image de son garçon ajusté comme une gravure de mode, elle veut qu’il soit "net", toujours vêtu de neuf. Elle dépense en vêtements l’argent de la nourriture. Tout l’argent. Alors la faim, le froid, le mal de dents, la migraine et le gouffre. Pour le garçon la souffrances d’être trop bien habillé dans un quartier où il était naturel d’aller en loques, les quolibets, les brimades. L’isolement. Puis l’assistante sociale envoyée par l’école qui décrète ces parures indignes de leur pauvreté. "Il y a des gens comme ça, qui aiment l’uniforme et pour qui les pauvres doivent être aussi pauvrement vêtus que les riches le sont richement". La mise sous tutelle, la fin des singeries vestimentaires. La fin de tout. Parures est le premier texte de la collection Polaroid aux éditions In8 qui "évoque ces photos vite cadrées, vite développées mais longtemps conservées", dirigée par Marc Villard. Textes courts, noirs et intenses, littérature d’urgence. La bonne nouvelle c’est que la novella forte et magnifique, étrange et perçante de Bartelt (Goncourt de la nouvelle tout de même !), laisse présager par ses 64 pages élégantes et ajustées, le meilleur pour cette collection qui s’annonce sur mesure (il faut dire que Villard maîtrise le genre!). La mauvaise nouvelle, c’est qu’il faudra attendre le 19 août pour pouvoir se la procurer. Le Poulpe à Terminus Polar 16-06-2010 Pour le dernier apéro-dédicace de la saison, la librairie fête le céphalopode le plus célèbre du polar. Rendez-vous samedi 19 juin à partir de 18h, en présence de son créateur, Jean-Bernard Pouy, et de certains de ses auteurs, Maïté Bernard, Laurence Biberfeld, Sophie Couronne, Sébastien Gendron, Chrysostome Gourio, Jean-Paul Jody et Marin Ledun.Venez nombreux à cette fête tentaculaire, 1 rue Abel Rabaud Paris XIè (Métro Goncourt) ! Sous le pavé le crime 15-06-2010 Aurélien Masson présente Paris Noir Paris : des rues, des parcs, des jardins, des boulevards, des immeubles, des quartiers, des monuments qui soudain deviennent étroits, inquiétants, interlopes, insalubres, louches sous la plume acérée de douze écrivains qui arpentent la ville et ses coins sombres, chacun le sien. Les Halles de Le rayon de soleil du Noir 14-06-2010 13e édition du Festival international du roman noir (FIRN) de Frontignan du 21 au 27 juin. Littérature, BD, ciné: des rencontres, tables rondes, lectures, débats, signatures, concerts autour du thème "Mémoire intime et Histoire collective" en présence (entre autres) de David Peace, Percy Kemp, RJ Ellory, Denis Robert, Ingrid Astier, Hervé Le Corre, Programme (très) complet Pour ceux qui se foutent du foot (s'il y en a!) 11-06-2010 Les Habits Noirs au Quai Branly ![]() Nouvelle rencontre dans le cadre du cycle Les quatre continents du polar : Jeudi 17 juin l’Afrique du Sud et l’Australie avec Caryl Férey (Zulu, ed. Gallimard) et Hervé Claude (Nickel Chrome, ed. Actes Sud) Au programme : -Lecture sonore d’un extrait de Zulu avec Alice Varenne (comédienne), Marc Sens (guitare) et Manusound (platines), 20 minutes. -Discussion des deux auteurs qui voyagent autour des livres et de leur origine, exploration d’un genre littéraire et d’un pays. Rendez-vous donc, jeudi 17 juin à 19h au Musée du Quai Branly dans le salon de lecture Jacques Kerchache (au RDC). 37 quai Branly (face à la passerelle Debilly) ou 206 et 218 rue de l’Université. Zulu de Caryl férey, présentation de l’éditeur. Enfant, Ali Neuman a fui le bantoustan du KwaZulu pour échapper aux milices de l'Inkatha, en guerre contre l'ANC, alors clandestin. Même sa mère, seule rescapée de la famille, ne sait pas ce qu'elles lui ont fait... Aujourd'hui chef de la police criminelle de Cape Town, vitrine de l'Afrique du Sud, Neuman doit composer avec deux fléaux majeurs : la violence et le sida, dont le pays, première démocratie d'Afrique, bat tous les records. Les choses s'enveniment lorsqu'on retrouve la fille d'un ancien champion du monde de rugby cruellement assassinée dans le jardin botanique de Kirstenbosch. Une drogue à la composition inconnue semble être la cause du massacre. Neuman qui, suite à l'agression de sa mère, enquête en parallèle dans les townships, envoie son bras droit, Brian Epkeen, et le jeune Fletcher sur la piste du tueur, sans savoir où ils mettent les pieds... Si l'apartheid a disparu de la scène politique, de vieux ennemis agissent toujours dans l'ombre de la réconciliation nationale... Nickel Chrome d’Hervé Claude, présentation de l’éditeur. Perth, capitale du boom minier en Australie, en pleine ferveur nationale car elle s'apprête à recevoir les championnats du monde de cricket. Une ville où il fait bon vivre, sinon qu'une bande de bikers, aux ramifications mafieuses, sème la terreur. Ces motards provoquent la police, agressent des touristes et lancent des raids racistes et homophobes. Quelques semaines avant les championnats, un joueur est assassiné en plein match. La psychose gagne, et culmine à la suite d'un attentat à la voiture piégée. Une fois encore, le police officer Ange Cattrioni va solliciter l'aide de son vieux complice et amant occasionnel, le très flegmatique Ashe, qui passe des jours tranquilles à espionner ses voisins, un couple de retraités cachant probablement quelque secret de famille. Rod, leur fils, un alcoolique porté à la violence, est amateur de bodybuilding et de motos aux chromes luisants. Depuis un moment, de louches bikers squattent les lieux, et les parents ont disparu. Cette maison serait-elle le foyer des dérèglements de la Western Australia - province qui jamais n'a si bien mérité son nom ? Rock'n roll suicide 10-06-2010 Marc Villard Le roi, sa femme et le petit prince Années 80, un 5 juin. Il fait trente-trois degrés sur l’Aveyron. Alex, Papa Rousse et Snoopy roulent vers Messonges, entassés dans une Simca 1000. Armés, direction l’agence du Crédit Agricole jouxtant la coopérative vinicole aveyronnaise pour un hold-up. La paie des tanneurs, trente briques au bas mot, de quoi voir venir pendant quelques mois. Mais le plan pourtant simple dérape. Snoopy sur le carreau. Papa Rousse touché au ventre, salement. Il va mourir. Juste le temps d’avouer à Alex qu’il n’est pas son vrai père. Et de lui faire promettre de retrouver son géniteur, Sly Baker, un chanteur de rock qui a raccroché depuis 15 ans. Alors Alex laisse Guigui dans la ferme isolée et monte à Paris en quête d’un père oublié dans une clinique psychiatrique de banlieue. "On the road again avec mon père à mes côtés et les flics pas très loin derrière". Quête du père, ping-pong, blues et rock’n roll, beaucoup de Marc Villard dans ce texte en francs paru en 1987 et aujourd’hui révisé par l’auteur. Parce que "le monde libre le restera grâce au rock’n roll" ! Marc Villard sera au Centquatre, vendredi 11 juin 2010 à 18h pour une lecture musicale avec Alice Varenne, Cyrille Derouineau (photographie) et Pierrick Pédron (saxophone) : "Capitale sans frontières. Marc Villard propose son inframonde parisien. La ville lumière plonge dans le sombre. La violence est là, tant physique que mentale. L’afro-beat s’agite, la drogue se faufile, on tue pour un regard de trop. Mais quand vient le dernier métro, les mauvais rêves s’éloignent dans la nuit." Les feux de l'enfer 09-06-2010 Anonyme Le livre sans nom Quelque part en Amérique du Sud, Santa Mondega, capitale des créatures du mal, de la violence endémique et des éclipses solaires totales quinquennales. Alors que la ville oubliée prépare gentiment la fête de la Lune à l’approche dudit phénomène, cinq (bientôt sept) meurtres particulièrement répugnants et très largement au dessus des pratiques courantes en vigueur dans cette région pourtant agitée, annoncent la fin de la trêve (toute relative). Des victimes liées par un livre anonyme et sans titre emprunté à la bibliothèque municipale. Et le spectre du Bourbon Kid, le plus gros tueur en série de toute l’histoire de Santa Mondega, refait surface après cinq années d’oubli et le massacre perpétré lors de la précédente éclipse. D’autant que, comme avant, deux moines d’Hubal arrivent en ville, en quête de l'œil de la Lune, pierre magique qui leur a été dérobé, que Jessica sort du coma dans lequel elle était plongée depuis cinq ans, qu’un flic spécialisé dans les enquêtes surnaturelles s’en mêle et que le monde entier, naturel ou surnaturel, semble lancé sur les traces de la pierre : ripoux, tueurs à gages ou pas, chasseurs de prime ou de vampires, créatures … faisant de Santa Mondega un Pandémonium moderne saturé de poudre et de sang …Un OVNI littéraire (et générationnel) dans la lignée délirante d’Une nuit en enfer de Robert Rodriguez, diffusé anonymement sur Internet avant d’être édité. Le nouveau feuilleton peut-être, le concentré de références des enfants de la télé sûrement. Première leçon : "A Santa Mondega quand quelqu’un tient des propos un peu délirants, il y a fort à parier que c’est vrai". Deuxième leçon : il suffit d’un survivant (et il n’y en aura pas beaucoup plus!) pour envisager la suite. Déjà publiée, bientôt traduite. Underground 08-06-2010 William C. Gordon Les jarres chinoises Une fraîche journée d’automne 1960 à San Francisco. Samuel Hamilton boit beaucoup, mange mal, fume trop et cultive son spleen. C’est installé à la grande table ronde du Camelot qu’il découvre avec tristesse l’avis de décès dans le carnet du journal où il végète au service publicité : "Reginald Rockwood III est décédé ce jour à l’âge de 35 ans", écrasé par un tram. La mort soudaine d’un ami, dandy aux airs d’acteur italien toujours sur son trente et un, oiseau de nuit évoluant dans les plus hautes sphères de la société, avec lequel Samuel partageait sa table presque tous les soirs. C’est donc logiquement qu’il décide de se rendre au service funéraire annoncé. Mais le dernier hommage tourne court : l’église est déserte et le prêtre confirme à Samuel qu’aucun office n’est prévu pour Reginald. Mais pourquoi un mort ferait-il faux bon à son propre enterrement ? L’accident serait-il en fait un suicide ? Ou un meurtre ? En cherchant la réponse à cette étrange question, Samuel ne va pas tarder à découvrir que le soi-disant fils de bonne famille n’était en fait qu’un gardien de nuit dans un imprimerie, vivant dans un cagibi et se nourrissant dans les réceptions des riches clients faisant imprimer leurs invitation chez Engel’s. C’est un morceau de papier déchiré couvert de caractères chinois écrits en rouge trouvé au fond d’une poche de la victime qui va plonger l’apprenti reporter en quête de scoop dans les méandres sombres et complexes d’un Chinatown plein de jarres remplies de secrets, aidé par son ami Charles, assistant du procureur général et Melba Sundling, patronne du Camelot. Une réussite.Dédicaces 07-06-2010 ![]() Sébastien Gendron et Chrysostome Gourio dédicacent leur Poulpe respectif (à savoir dans l'ordre Mort à Denise et Le dolmen des dieux éditions Baleine 2010) jeudi 10 juin à partir de 20h à la librairie Le comptoir des mots, démontrant avec brio la vigueur du plus célèbre des céphalopodes.Passez donc le constater par vous même 239, rue des Pyrénées Paris XXe (Métro Gambetta). Noir calibré 03-06-2010 Gilles Schlesser Mortelles voyelles Oxymore Baulay, pigiste fauché depuis deux décennies, est journaliste spécialisé dans les faits de société et les enquêtes sur le terrain. 52 ans, une ex-femme, un nom comme une figure de style, des cheveux gris frisés qui lui donnent une allure de mouton triste. Ca fait 12 jours et 11 nuits qu’il déambule dans les rues de Paris les yeux baissés, transi par le froid de l’hiver sans appel, en immersion chez les SDF pour un papier. Ce onzième soir, la rencontre avec Vaïda, un de ses nouveaux semblables. Le temps d’un repas partagé sous un pont et l’homme propose à Oxymore de lui échanger "un gros paquet de mots contre une cartouche de clopes", un manuscrit trouvé dans le double fond d’une vieille valise abandonnée sur un trottoir contre 50 euros. Un roman anonyme, effarant, sans chapitre, sans verbe être, sans lettre y et truffé de clés cachées. "Un soupçon de Céline, une once de Lautréamont, un zeste du Code civil cher à Stendhal" autour de cinq meurtres de femmes assassinées de la même manière. L’ombre des voyelles de Rimbaud et le fantôme d’Hamlet, (aussi) un tueur en série qui sévit il y a trente ans. Oxymore qui se demande encore ce qu’un "truc pareil foutait dans une valise" comprend alors que chercher l’auteur du livre revient à chercher l’auteur des meurtres. Le premier battement d’ailes d’une enquête policière et littéraire, puis l’effet papillon. Y aura-t-il un après Bruen ? 01-06-2010 Ken Bruen Une pinte de Bruen, volume 1 : Premiers romans et nouvelles Il y eu un avant Bruen. Évidemment. Vous prendrez bien Une pinte de Bruen 1 ? 1000 signes de François Braud (espaces compris et titre et signature exclus) Apéro dédicace 28-05-2010 Les éditions Après la lune seront à la librairie Terminus Polar mercredi 2 juin à partir de 19h, dignement représentées par Michel Chevron pour Icône, Sophie Couronne et Caryl Férey pour Fond de cale et Jean-Jacques Reboux pour Je suis partout (les derniers jours de Nicolas Sarkozy).Venez nombreux rencontrer les auteurs et boire un verre ... Rendez-vous 1 rue Abel Rabaud, Paris XIe (Métro Goncourt) Un chateau en Espagne 27-05-2010 Chris Haslam El Sid Sidney Starman, presque 90 ans, est un vieil homme routinier, majoritairement occupé à contempler le passé en état d’ébriété. Taraudé par une vieille promesse, ce très ancien des Brigades Internationales est idéalement placé pour savoir qu’il n’a plus beaucoup de temps devant lui pour régler ses affaires. Il va donc agir. Retourner dans les Pyrénées espagnoles et retrouver la grotte où est cachée la centaine de caisses d’or subtilisée à l’armée en 1936 lors du transfert du trésor de l’Etat républicain à Moscou. Mais impossible d’y aller seul. Il partira avec Lenny "un crétin grossier dont les seules qualités étaient une camionnette, une paire de bras puissants et le désir de faire sa place dans les dernières volontés et le testament de Sidney", "ivrogne, obèse, frustre et inculte, bourré de préjugés, agressif avec l’esprit d’un âne et la coupe de cheveux d’un taulard" et Nick l’acolyte rencontré en prison, névrosé sous-alimenté mais peut-être plus intelligent. Un soutient affligeant, mais hypnotisable avec deux pièces d’or, la légende de lingots et un plan simple : aller en Espagne et déterrer le magot. Sauf que le vieux, sans doute le dernier témoin vivant de cette histoire, doit fouiller dans des souvenirs plus que rouillés par 62 ans de négligence pour localiser le trésor, que Lenny est une affliction, que "deux ça va, trois c’est un de trop, comme on dit" et que Sidney n’a peut-être pas tout dit …Il y a un dindon et de la farce dans cette réjouissante entreprise de pieds nickelés digne d’un Dortmunder, mais bien malin celui qui pourra prédire qui sera quoi finalement, avec ces orfèvres du plus que pire incapables d’à peu près tout! Le point de rupture 25-05-2010 Pascal Garnier Les Insulaires et autres romans (noirs) Dans La place du mort l’histoire de Fabien qui rentre de chez son père. L’appartement vide. Le voyant rouge du répondeur qui clignote. Trois messages. Un du CHU de Dijon. Une voix qui demande à Fabien de rappeler. Sylvie, sa femme, a eu un accident de voiture, très grave. Il se dit qu’il n’a aucune idée de ce que pouvait faire Sylvie à Dijon dans une voiture et réalise qu’il est veuf. Et cocu. Alors comme "l’autre m’a piqué ma femme, je vais piquer le femme de l’autre."Dans Les Insulaires celle d’Olivier ancien journaliste de province alcoolique jusqu’à la cure de désintoxe il y a deux ans, la rencontre avec Odile, le mariage, la parfumerie qu’ils tiennent ensemble. Et puis la mort de sa mère à quelques jours de Noël. Une pauvre petite chose étriquée impossible à enterrer avant le 27. Le froid à Versailles, les trains bloqués, l’attente et les retrouvailles avec Jeanne. "Le passé qui vous saute au visage comme un chat enragé", le génie qui sort de sa bouteille et le présent qui bascule. Et dans Trop près du bord, Eliette 64 ans qui à la mort de Charles quitte la région parisienne pour s’installer dans leur maison de Saint Vincent en Ardèche, une ancienne magnanerie acquise 30 ans plus tôt. "Un grain de folie pour ne pas sombrer dans la raison". Mais une crevaison, un homme pas du coin lui même en panne qui lui change sa roue et rentre avec elle pour téléphoner, le fils des voisins qui se tue en voiture, Etienne qui reste, Agnès sa fille furieuse qui débarque. Rien qu’aujourd’hui "une crevaison, un décès chez mes voisins et un inconnu dans ma maison." Trois romans noirs cruels plein du présent incolore des réprouvés, du temps éternel des mauvaises mines qui parlent fort et rient mal, débordant de l’absence, du silence, de vies minéralisées, de la violence endogène du quotidien, là où le calme douteux de la normalité pourtant si bien clôturée s’avère être l’œil même du cyclone parce que "ce qu’il y a de dangereux dans le danger c’est qu’il n’est jamais là où on croit le trouver". Trois excellentes raisons de (re)lire Pascal Garnier mort ce 5 mars 2010, s’il en fallait. Rencontre 25-05-2010 Stéfanie Delestré et Hagar Desanti s’installent à La Terrasse de Gutenberg avec quelques auteurs, pour une rencontre autour de leur Dictionnaire des personnages populaires de la littérature des XIXe et XXe siècles, samedi 29 mai à partir de 18h. Rendez-vous 9 rue Emilio Castelar, Paris XIIe. Venez tous! 20-05-2010 Les Habits Noirs au Quai BranlyNouvelle rencontre dans le cadre du cycle Les quatre continents du polar : Jeudi 27 mai l’Iran avec Naïri Nahapétian, journaliste, écrivain iranienne, auteur de Qui a tué l’ayatollah Kanuni ?, un polar solidement ancré dans l’Iran moderne, à la veille de l’élection de Mahmoud Ahmadinejad … Au programme : -Projection de Siah Bazi de Maryam Khakipour, documentaire sur la fermeture subite par le gouvernement iranien il y a un an et demi du Théâtre Nasr, le plus beau et le plus ancien théâtre de Téhéran. (45 minutes). -Discussion autour d’un livre et de ses suites, exploration d’un genre littéraire et d’un pays. Rendez-vous donc, jeudi 27 mai à 19h au Musée du Quai Branly dans le salon de lecture Jacques Kerchache (au RDC). 37 quai Branly (face à la passerelle Debilly) ou 206 et 218 rue de l’Université. Qui a tué l’ayatollah Kanuni ? de Naïri Nahapétian Narek Djamshid est journaliste indépendant d’origine iranienne. En ce mois de juin 2005, il décide de revenir à Téhéran, ville de son enfance quittée 23 ans plus tôt, pour suivre l’élection présidentielle qui aura lieu dans les semaines à venir. Mais son article n’avance pas beaucoup, le temps se traîne chez sa vieille tante Vart qui s’applique à lui présenter chaque jour un nouveau membre de sa famille. Narek a surtout le sentiment de passer sa vie à table avec ces oncles et cousins éloignés venus se remémorer des souvenirs dont il ne conservait aucune trace. Mais les souvenirs des uns activent parfois les réseaux des autres et de fil en aiguille Narek croise et rencontre des amis d’amis, des voisins, quelques étudiants, un ancien homme politique opposant laïque au régime jet seteur à ses heures et sa femme, un ambassadeur et surtout Leila Tabihi célèbre féministe islamiste, fille d’une figure historique de la révolution de 1979 qui présente sa candidature à l’élection. Leila a bien connu les parents de Narek. Et c’est autant pour faire avancer son article que pour obtenir certains éclaircissements sur la mort de sa mère, le départ et les silences de son père que Narek accompagne Leila au palais de justice pour déposer un dossier dans le bureau du tout-puissant juge Kanuni, principal responsable de la répression des opposants iraniens. Et voilà que le juge est retrouvé assassiné dans son bureau, projetant Narek au cœur d’une bien sombre affaire remontant jusqu’à la période trouble de l’instauration de la République islamique. Agua Caliente 18-05-2010 Gabriel Trujillo Munoz Tijuana city blues L’avocat Morgado, spécialiste des droits de l’homme, se fait construire une bibliothèque dans son cabinet. Entre le bruit, la scie et le marteau, l’un des trois ébénistes à l’œuvre, Alphonso Keller Padilla alias Blondie, va solliciter son aide. "Une grande faveur. Un truc bizarre". Une enveloppe blanche, des papiers jaunis et craquants, des photos sépia, les années cinquante sans doute. L’histoire de Thimothy, son père disparu à Tijuana entre 1951 et 1952 après avoir rendu service à William Burroughs, tout juste sorti de prison après avoir accidentellement tué sa femme d’une balle en pleine tête (en se prenant pour Guillaume Tell !). L’écrivain, libre mais fauché, envoie Timothy à Tijuana chargé d’un message pour un ami et d’un paquet suspect. Une fusillade faisant deux morts éclate sur place et Timothy disparaît. Blondie veut connaître la vérité et compte sur Morgado pour le guider dans ce "labyrinthe de demi-verités et de rumeurs trompeuses". Alors cinquante ans plus tard, l’avocat réactive ses contacts sur place et embarque pour une enquête historique à Tijuana, "l’endroit où se réalisent au mieux les pires désirs" plaque tournante du marché des capitaux entre agressions, vendettas, règlements de compte, crimes sordides passionnels ou corporatistes, trafics d’organes et de drogue, contrebandes d’armes, appointements de tueurs, immigrés clandestins, prostitution à grande échelle … à la recherche de la mémoire d’un homme, d’une époque et d’un écrivain dans un pays où la vie ne vaut pas grand chose. Bref roman, fugace passage de frontière, mais images persistantes.Rencontre 17-05-2010 Le 20 jeudi mai à partir de 18h30, la librairie Terminus Polar organise une rencontre avec tout plein d’auteurs ayant participé au Dictionnaire des personnages populaires de la littérature, petite merveille dirigée par Stéfanie Delestré et Hagar Desanti.L’occasion unique de discuter et boire un coup en mangeant des Apéricubes avec Chloé Delaume, Claude Mesplède, Denis Bretin, Dominique Kalifa, Francis Mizio, François Guérif, Hafed Benotman, Jake Lamar, Jean-Bernard Pouy, Jean-Hugues Oppel, Jean-Paul Jody, Lalie Walker, Marie-Hélène Dumas, Michèle Lesbre, Mikaël Demets, Natalie Beunat, Romain Slocombe, Sébastien Gendron, Sophie Couronne, Yvès Pages, Eric Halphen … en même temps Rendez-vous 1 rue Abel Rabaud dans le 11e (Métro Goncourt) Remettre le couvert 17-05-2010 Estérelle Payany et Jean-François Martin Les criminels passent à table 30 recettes "vraiment mortelles" de ce que les méchants de la littérature auraient aimé cuisiner ou déguster, directement puisées dans les textes ou inspirées par leurs crimes (parricide, infanticide, empoisonnement, vol…) : la tartine d’os à moelle d’Ernest (l'hominidé de Pourquoi j’ai tué mon père de Roy Lewis), le koliva (plat traditionnel des cérémonies funéraires) de Médée, la salade César de Brutus, les champignons d’Agrippine, les pommes caramel de la belle-mère de Blanche Neige, les "alouettes sans tête" de l’ogre, les feuilletés à la saucisse du grand méchant loup, la tartelette au bruccio de Colomba, les biscuits de marins de Long John Silver, les betteraves en croûte de sel du Dr Jekyll, les galettes à l’andouille d’Ubu, les œufs à la truffe sans truffe de Fantômas, le ris de veau d’Hannibal Lecter, la tarte à la mélasse de la Reine de Cœur d'Alice au Pays des Merveilles et la recette qui ressemblerait à Dracula, Arsène Lupin, Tom Ripley ou Patrick Bateman.Une belle brochette de vilains imaginaires et de plaisirs cuisinés regroupés dans un livre hyper graphique (superbes illustrations fifties), un peu mode mais assaisonnant non sans d’humour deux ingrédients faisant de toute façon bon ménage : la cuisine et la littérature. Redneck 11-05-2010 Donald Ray Pollock Knockemstiff Knockemstiff (littéralement "étend les raides"). Des maisons, une église, un bar, un magasin, une stations service. Un semblant de ville oubliée quelque part dans l'Ohio. Des hommes, des femmes, des ados, des enfants perdus déambulant au gré de ces 18 nouvelles tissant magistralement des existences en vase clos. Des murs butés au fond d’impasses. Des consanguins, une frère et un sœur incestueux, un semi-clochard dans un vieux bus scolaire, un père qui apprend à son fils de sept ans à faire mal à quelqu’un parce que de toutes façons "il n’était bon qu’à ça", un trafic d’obèses, de mescaline, l’autre qui se masturbe sur la poupée de sa petite sœur, la fish stick girl demeurée mentale qui se trimballe toujours avec des bâtonnets de poissons panés au fond de son sac. La drogue, l’alcool, le sexe, la violence. Le malheur, le ridicule, les heures de nuit, la misère qui abîment. Une fois, des étrangers de passage. Le type qui s’étonne "c'est difficile de s'imaginer qu'il y a des gens si pauvres dans ce pays ... Qui vivent comme ça dans le pays le plus riche du monde", et repart. Et ce val "méchant" d’où certains tenteront de partir, mais où la plupart resterons toute leur vie "comme un champignon collé à un tronc d’arbre pourri". "Beaucoup de gens se font des idées, ils pensent qu’il y a quelque chose de romantique ou de tragique à toucher le fond". En vérité Knockemstiff est le fond, sans le moindre romantisme. "Pas étonnant qu’on dise du mal des pauvres" !C’est drôle et noir, cru comme du Bukowski, barré comme Larry Brown et déglingué comme du Harry Crews. Gilbert Woodbrooke où l’art d’être humain 10-05-2010 Romain Slocombe Sexy New York (L'océan de la stérilité, Tome 2) Le Dr Katô installe Deux plaques métalliques De chaque côté… de ma vie.* Gilbert Woodbrooke est un photographe gaffeur, un cousin éloigné de Dortmunder - moins sérieux mais plus légaliste - qui s’arrange toujours pour mettre les pieds involontairement mais avec joie dans le plâtre avant que cela ne sèche. La quarantaine bien tassée, il voit s’étioler sa jeunesse vigoureuse, s’éloigner ses proches définitivement et s’envoler ses amours et l’humanité avec. C’est ainsi que Gilbert est proche de nous. Au Japon, le pays qui l’obsède et qui nourrit ses fantasmes d’art militaire - il photographie de jeunes nippones attachées et plus ou moins habillées d’uniformes - il se voit chargé par Julius B. Hacker, son galeriste, de négocier la vente d’une statuette de Gauguin à un riche patron collectionneur de l’œuvre du peintre. Arrivé chez son hôte il y retrouve une ancienne maîtresse, ce qui n’est pas pour lui déplaire si ce n’était qu’elle est maintenant mariée. Cela empêche-t-il l’envie ? Pas forcément… Mais la douche va être froide quand son hôte lui annonce que la statuette est fausse, puis brûlante quand il lui avoue son admiration pour son art fétichiste et sa volonté de devenir son mécène, et à nouveau glaciale quand il lui raconte son passé de militaire actif lors du viol de Nankin en 1937. Un épisode écossais en quelque sorte pour notre photographe qui se retrouve au beau milieu de yakuzas revanchards, et finit victime d’un accident de voiture qui le laisse aussi abîmé qu’une de ses modèles plâtrées qu’il aime tant photographier… Regrets d’hiver (Fayard 2006) clôt la tétralogie La Crucifixion en jaune en évoquant un épisode peu connu (sauf pour les historiens ou les lecteurs de Tokyo par Mo Yader) de la barbarie nippone quelquefois oubliée au vu des saloperies nazies, comme si l’horreur pouvait être graduée : "Trente millions de morts en Asie ! Qui dit mieux ? Hitler est battu, non ? Et le chef de cette magnifique entreprise, le monarque d’origine divine qui faisait joujou dans son bunker d’état-major, sous le Palais ? Lui, il est mort à quatre-vingt-sept ans, dans son lit…" Gilbert Woodbrooke est tiraillé entre son désir d’être reconnu et son horreur de l’être par un ancien officier proche de l’extrême droite nippone. Comme toujours, il n’aura d’autre choix que de se sauver, comme il peut, dans la fuite éperdue. C’est pour cela que Gilbert est humain, il ne choisit rien, il assume, mal, mais il subit. Un jour… La Mercedes blanche S’est arrêtée sur la route… De son élégante décapotable rouge. On retrouve notre Gilbert dans Lolita complex (Fayard 2008), béquillant dans un Londres (blairien en mode néo-libéral) en proie à des dettes colossales et un divorce qui le lessive tout autant financièrement que psychologiquement. Dépressif, proche du suicide, seul, Gilbert survit en attendant mieux, c’est-à-dire un coup de fil qui changerait, sinon sa vie et son état de délabrement physique, son compte en banque dans le rouge. Tout va mal, même ses séances de plaisir solitaire, les fantasmes de Gilbert sont aussi nippons que fripons, sont avortées par un coup de fil impromptu : "Je me lève du fauteuil roulant, la bite à l’air, attrape mes cannes de métal. Au moment où j’atteins la position debout, appuyé sur mon encombrant plâtre de marche tout neuf, le fauteuil, dont j’ai oublié de bloquer le frein, part brusquement vers l’arrière. La béquille gauche, entraînée dans le mouvement, dérape sur le parquet, me projetant en avant, contre l’encadrement de la porte. Lorsque je finis par me relever, reins et cou douloureux, paumes écorchées, complètement groggy et voyant trente-six chandelles tourbillonner à travers l’appartement désert, le téléphone s’est arrêté de sonner depuis longtemps. " Mais tout a une fin et, le jour où Gilbert réussit à décrocher à temps, il accepte alors d’être interprète d’une jeune best-seller nippone (il cause japonais) et va naviguer alors à vue dans les milieux branchouilles déjantés de l’art contemporain et les filières de la prostitution enfantine importée de l’est. Ce roman de Romain Slocombe est un ouvrage sur le sexe subi, solitaire, avorté, violent, dégénéré. Si l’auteur réussit à nous horrifier de la situation de ces jeunes filles de l’est qui croient au mirage européen, il écorne sans complaisance ceux qui, sûrs d’eux, utilisent cet eldorado pour en tirer du pognon au mépris de toute éthique et de l’être humain. Notre Gilbert, lui, va encore s’en sortir, mal, mais s’en sortira, égratigné, épuisé, plus mal encore qu’au départ de cette histoire londonienne. C’est vous dire… À sept ans On a le sens de l’observation… Dans son sommeil. Gilbert rêve : "Me haussant sur mon siège situé au fond de la salle, je reconnais (…) ma demi-sœur Amanda Finlay, le photographe américain Richard Kelp et le journaliste Michael Warren. Je fronce les sourcils : que fabrique l’abominable critique photo du Times - ce gros bonhomme infect qui ne perd jamais une occasion de descendre mon travail en flammes (…) ? (…) - Ladies and gentlemen, nous sommes réunis ici à la Royal Academy afin de rendre hommage à un de nos plus brillants artistes, longtemps méconnu hélas, mais voici le moment venu de réparer cette crainte injustice ! Cet homme charmant nous fait d’ailleurs le grand plaisir d’être présent parmi nous ce soir, réservé et discret comme à son habitude, et je vous prie de l’applaudir très fort ! (Il se lève, pointe le doigt vers le fond de l’auditorium, plus précisément, ma rangée de sièges.) J’ai nommé : Gilbert Woodbrooke !" Gilbert cauchemarde : " - Je connais un très bon sirop pour les toux sèches, et aussi un autre pour les toux grasses, propose Amanda. (Elle se penche pour se débarrasser de ses jolis souliers noirs à talons aiguilles.) Je peux me déshabiller aussi, si vous voulez. Une voix fuse de l’auditorium : - Ouais, vas-y, on attend que ça ! Enlève tout ! Je fronce les sourcils et me hausse sur mon siège, me démantibulant le cou pour mieux voir. Le spectacle est de plus en plus ahurissant : le critique du Times vient de tomber à genoux, il se balade à quatre pattes sur l’estrade… (…) Des spectateurs grimpent sur scène, cachant Amanda à mes yeux. Bon sang, la situation est en train de dégénérer. (…) J’essaye désespérément de quitter ce fauteuil dans lequel je suis englué. Ma main se pose par inadvertance sur le genou de mon voisin. (…) - Avoue-le, petit salopiaud, toi aussi tu rêves que ces gars foutent ta sœur à poil ! " Gilbert se réveille en sueur. N’a-t-il pas manqué le réveil et son boulot de bagagiste à l’aéroport ? Non, nous sommes dimanche. Ouf. Il repense à Kelp, à son travail et à ses modèles. Tiens, le plaisir solitaire l’appelle. Et… le téléphone sonne… Rien n’a donc changé… Si. Gilbert va être exposé à New York…. au début du mois de septembre 2001. Embauché dans un projet de documentaire - il tient la caméra mais oublie de recharger les batteries - en même temps, c’est Gilbert - le voilà dans la grosse pomme, lui le ver anglais, et même présent au vernissage de son expo de photographies. Mais rien, toujours, ne fonctionne comme prévu. Son vernissage tourne au cassage de gueule par une Coréenne susceptible et le documentaire vire au scoop sur le célèbre meurtre du Dahlia noir. Et tout cela s’égrène les premiers jours de septembre 2001 à New York… Romain Slocombe s’attaque - toujours avec une écriture fluide, presque paresseuse, qui prend son temps en digressions, en rêves et cauchemars, en séances de plaisirs solitaires, en exposés culturels - à deux évènements qui ont fait l’histoire : le meurtre d’Elisabeth Short en janvier 1947 et l’Histoire : les attentats du 11 septembre. Slocombe, sur fond d’histoire familiale, la mère de Gilbert Woodbrooke a fréquenté les milieux artistiques de L.A. pour le compte de la CIA, mêle notre héros gaffeur à ces deux évènements et à leur "possible résolution". Loin d’Ellroy (Le Dahlia noir, Rivages) mais proche de Meyssan (11 septembre 2001, l’effroyable imposture), Slocombe offre au lecteur de quoi le méduser, voire de l’inquiéter. Hypothèse de pure fiction selon les mots de l’auteur, ce Sexy New York (Fayard 2010) séduira autant le lecteur qu’il pourra l’intriguer à l’image d’une des photographies de Gilbert Woodbrooke. Mais en ces temps de judiciarisation extrême (Lalie Walker attaquée par Le Marché Saint-PierreTM pour son ouvrage Aux malheurs des dames, Parigramme) on ne pourra reprocher à Romain Slocombe de proposer des pistes fictionnelles pour comprendre notre monde. C’est son rôle et Slocombe s’y tient. Avec talent. C’est le moins qu’on puisse lui reconnaître… François Braud * L'haïkisation est une invention géniale de Michel Lebrun qui consiste à "résumer" un livre en prenant les premiers et les derniers mots d'un ouvrage pour en faire une sorte de Haïku, petit poème japonais en trois vers. En hommage à la passion nipponne de l'auteur, l'auteur de cet article ne pouvait pas ne pas se permettre de lui rendre hommage par ce procédé. Chacun jugera de la pertinence de cette idée. et du résultat. L'île noire 06-05-2010 David Vann Sukkwan island Jim était un dentiste installé, à Fairbanks. Mais le truc c’est qu’il y avait quelque chose qui clochait chez lui. Son obsession pour les femmes peut-être. Son deuxième divorce tout juste prononcé sûrement. Alors pour tenter de conjurer l’échec, de contenir la chute, Jim décide de s’installer sur une île sauvage et minuscule du Sud-Est de l’Alaska, au large du détroit de Tlevak. Un confetti géographique accessible uniquement par la mer, en hydravion ou en bateau. Le genre d’endroit qu’il avait toujours idéalisé. Un an blotti dans un fjord, dans une petite cabane en cèdre au toit pentu en forme de A, avec Roy son fils de treize ans venu pour sauver ce père à la recherche désespérée d’une meilleure façon de vivre. Ici "Il se sera jamais débordé, n’aura plus à se lever le matin pour aller à l’école", mais ne verra personne d’autre que son père. Son père incapable de faire face à la situation. "Ils allaient se coucher le soir épuisés, Roy ne parvenait plus à rester éveillé pour écouter son père et il réussissait parfois à oublier que son père allait mal. Il commença même à imaginer qu'il allait bien, dans la mesure où il ne pensait plus vraiment à lui. Il vivait au jour le jour, chaque journée tout entière consacrée à une activité, puis il se couchait pour se lever à nouveau, et comme il travaillait aux côtés de son père, il imaginait que son père ressentait les mêmes choses." Mais les larmes nocturnes de Jim, son inconséquence, sa lâcheté, les petites catastrophes qui s’enchaînent, le climat délétère pavant inexorablement le sentier du chaos. La fin, brutale, du mythe du retour à la nature. La chute, violente, des illusions. L’anéantissement, cinglant, des relations père-fils. L’avènement, foudroyant, de la barbarie.Un premier roman escarpé, obsédant, terrifiant et magnifique. La tête contre les murs 04-05-2010 Tim Willocks Green River Pénitencier de haute sécurité de Green River, Texas. 2800 détenus emmurés dans ce lieu obscur de la douleur, constituant une "caste de sous-hommes, rebut que la société peut mépriser, craindre et haïr". Bloc C, Noirs et Latinos. Bloc A, Latinos et Blancs, Bloc D exclusivement Blancs. "Dans la cité de la justice, nous sommes l’égout, la région obscure où le pouvoir de punir n’ose plus se faire connaître à ceux qu’il sert. Nous ne traitons plus les effluents et nous n’avons plus le courage de les éliminer". L’endroit au monde le plus déserté par la loi où l’on envoie les hommes se mettre à genoux. Une prison panoptique, hymne aux facultés disciplinaires de la lumière omniprésente, maintenant chaque détenu en état de visibilité consciente incessante, une architecture de pouvoir "fondée sur les fantasmes paranoïaque des coupables", un environnement saturé de peur et de danger, emboîtant, comme les poupées russes des degrés d’horreur de plus en plus atroces. Un des cercles binaire de l’enfer entre domination et soumission. A Green River, la paranoïa est une sagesse, la pitié une faiblesse, un danger.Dehors Klein était chirurgien orthopédique. Il a été accusé de viol. Depuis trois ans il purge sa peine, travaille à l’infirmerie de la prison saturée de sidéens (les "pédés") et organise sa survie. Mais, alors qu’il vient enfin d’obtenir sa conditionnelle, une émeute éclate. Hobbes, le directeur prêt à "fracasser le diamant de la discipline avec le marteau et le burin de la guerre", laisse les choses se faire et pour la première fois depuis 42 ans, le pénitencier est tout entier au pouvoir de détenus "ivres d’anarchie et assoiffés de néant ", envahie par la rage "insensée, massive trop longtemps réprimée". Convulsion historique. "On aurait dit la fête du 4 juillet en enfer, vue par Jérôme Bosh". Klein, les yeux rivés sur la sortie, voudrait pouvoir rester à l’écart de ce chaos qui va le happer quand un groupe d’émeutiers attaque l’infirmerie, menaçant Juliette Devlin, psychiatre judiciaire dont il est tombé amoureux, enfermée avec "ses" malades … Green River est la réédition du premier roman de Tim Willocks, paru en 1995 sous le titre L’odeur de la haine. Un premier roman qui frappe déjà par la puissance de l’écriture, la solidité de la construction d’une intrigue à peine abîmée par de menus défauts, la force obsessionnelle des thèmes évoqués et l’intensité des chairs. Un tour de force en soi annonçant avec fracas les Bad city blues, Les rois écarlates et La religion à venir. |
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