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© 2003 - 2008
Marie Clémentine Thiébault
Noir comme polar
Tous droits de reproduction
interdits sauf accord

Noir comme polar est
Une réalisation Umazuma

L'actualité du polar
Le mystère de la chambre close
27-01-2012
Federico Jeanmaire
Plus léger que l'air
Un gamin de 14 ans a essayé de braquer une petite vieille. Mal lui en a pris : du haut de ses 93 ans, la petite vieille l'a enfermé à double tour dans sa salle de bain, au dernier étage d'un immeuble de Buenos Aires. Pris au piège, l'adolescent n'a plus d'autre choix que d'écouter les élucubrations de Faila, ancienne maîtresse d'école, bien décidée à tromper sa solitude grâce à son jeune otage. Alors elle déblatère. Des bribes de sa vie pathétique, nourrie de frustrations, d'aigreur et d'épisodes sordides, qu'elle agrémente de diatribes contre les hommes ou le peuple argentin. Laide, élevée par une tante qui ne l'aimait pas, raillée par ses cousines, elle eut pour seule expérience sexuelle les abus à répétition d'un ami de son oncle, et pour seul fiancé un escroc qui lui déroba tous ses bijoux. "Je me suis contentée de vivre. Ou de survivre, plutôt. Je crois que le seul désir qui m'ait effleuré l'esprit, c'est de mourir." Son unique fierté, c'est l'histoire romancée à l'excès de la mort de sa mère, admirée et idolâtrée, qui tenta de vivre son rêve, piloter un avion - et qui mourut dès qu'elle y parvint.
Durant quatre jours, l'aïeule va ainsi se dévoiler au jeune Santi, conditionnant sa libération à l'achèvement de son récit. Entre-temps, emportée par le bonheur d'avoir enfin un interlocuteur, elle joue les tortionnaires. Colérique et aimante, sadique et maternelle, elle ne cesse de faire la leçon au petit bandit, interrompant ses récits fumeux pour lui glisser de la nourriture sous la porte ou lui expliquer que non, on ne couche pas avec sa petite sœur. Sans jamais nous laisser entendre la voix du séquestré, Federico Jeanmaire construit son huis clos comme un long monologue de la vieille Cerbère. Porté par un suspense suffocant, Plus léger que l'air navigue entre noirceur, humour et folie sans jamais véritablement basculer. A chaque nouvelle discussion, la relation perverse entre les deux personnages change. La lourde porte close de la salle de bain sépare une grand-mère de son petit-fils, un pécheur avec son confesseur, une amante de son fantasme, une bourgeoise catholique de la lie du petit peuple ... De la lutte des classes aux relations hommes-femmes, Jeanmaire arrive à résumer avec beaucoup de subtilité les contradictions du monde moderne, tout en rappelant la puissance, mais aussi la vanité, de l'imagination. Un tour de force narratif en forme de piège magistral dont il est impossible de s'extirper.
Mikaël Demets


Cette aventure aurait pu se terminer plus mal, à la morgue miraculeuse
25-01-2012

Comment faire d'une pierre deux coups ?
Comment rendre hommage à Michel Lebrun (La monnaie de sa pièce, Engrenage), habemus papam forever, et permettre aux lecteurs pressés de lire plus vite que ne se reproduisent les piqures de moustique un soir d'été au bord d'une mare ?
C'est possible. C'est simple. Suivez bien. Suivez mieux, s'il vous plaît.
Michel, je l'appelle Michel, non pour démontrer ma proximité avec ce grand auteur, d'abord il est mort et j'ai horreur de faire parler un gars qui est décédé et, ensuite, je l'ai connu assez longtemps, le gars, pour lui donner du "tu", même sous terre, sans que personne ne vienne me donner une quelconque leçon, Michel, donc, a inventé*, du temps où il passait ses étés à chroniquer les polars de l'année, une méthode du tonnerre pour résumer un livre à sa plus courte synthèse. Ça s'appelle l'haïkaïsation.
De haïku, petit poème japonais. Le livre est ouvert à sa première page et à sa dernière. On prend le début de la première phrase et la fin de la dernière pour résumer le livre. Épatant, non ?
Je sens que vous voulez des exemples**. Hein ? Alors, voilà...
1. "De là, je m'étais gagné par la nuit." Bon, vous me direz, c'est facile. Ben, oui. Et non. Le tout étant que la phrase résume VRAIMENT le livre (hé oui, les auteurs soignent les incipit et les fins de romans). Lisez Mémoire assassine de Thomas H. Cook (.2 Seuil) et vous verrez si cette haïkaïsation n'est pas la substantifique moelle de ce grand roman noir...
2. "La femme surgit au petit jour, c'était tout ce qu'il recherchait". Vous trouverez entre ces mots de Kem Nunn tout ce qu'il vous faut pour saisir la frontière americano-mexicaine narrée dans Tijuana Straits (Sonatine).
3. "Le révérend Moon était canon en bikini jusqu'à la prochaine fois." Marrez-vous avec Jerry Stahl chez Rivages, vous serez proche de l'Anesthésie générale.
4. "Vincent Fournier lève sur moi un visage comme les autres." Les visages écrasés comme ceux que peints Marin Ledun (Seuil) ont tous les traits de ce Vincent Fournier.
5. "Merde je te montrerai le manuscrit." Et vous l'aimerez ce manuscrit de Calibre de Ken Bruen (Gallimard). Ou alors je ne réponds de rien.
6. "Je tire une valise à terminus."  C'est un peu ça Mammouth rodéo trash. Traîner un bagage jusqu'à la lie. Sylvie Cohen se fait Sysiphe chez Après la lune.
7. "Voix des morts et de l'action humanitaire." Entre vie et trépas, conscience et abandon, Antoine Chainas bandera vos plaies et cicatrisera vos émotions jusqu'à l'Anaisthêsia (Folio policier).
On va s'arrêta là. 7 livres lus en 5 minutes, c'est déjà beaucoup. Trop ? Le meilleur, c'est le prochain verre, pas celui que l'on vient de poser, vide, désespérément vide. Le verre vide, je le plein. N'est-ce pas Michel, toi qui as écrit Rue de la soif (Seghers) : "L'homme ivre mort, prétend n'avoir jamais goûté de vespétro".
François Braud

* sans doute ne lien avec un travail ouli(po)pien...(écrire à la rédaction)
** le titre de la rubrique est celui du livre de Michel Lebrun



Dédicace
25-01-2012
2012 commence en beauté à Terminus Polar!
L'auteur espagnol Victor del Arbol sera à la librairie mercredi 1er février à partir de 19h, pour dédicacer son roman La tristesse du samouraï, paru aux éditions Actes Sud.
Il y aura un coup à boire, des Apéricubes (c'est désormais une tradition) et du beau monde (c'en est une autre).
Venez donc faire un tour 1 Rue Abel Rabaud, dans le XIè.
(Métro Goncourt)


Eaux-fortes
23-01-2012
Thomas H. Cook
Au lieu-dit Noir-Etang ...
Chatham, Nouvelle-Angleterre. Henry Griswald, notaire vieillissant en semi-retraite se voit chargé par un client de la vente d'un de ses terrains. Pas n'importe quel terrain. Celui de Nord-Etang vers le cap, où vécu, brièvement, Mlle Channing. Là où eu lieu le drame, le "scandale innommable". Le 29 mai 1927. Là où le jeune Griswald avait bâillonné ces souvenirs qui désormais ressurgissent. Alors revoir le cottage en ruine, retourner "dans quiétude petite ville côtière où jamais aucun grand artiste n'avait vécu, ni aucun grand événement n'avait eu lieu, excepté ceux imposés par les soudaines tempêtes et les tortueux caprices des temps géologiques", retomber sous le charme et sous l'empire des passions. Ressusciter la chaleur de cet après-midi d'août 1926, l'arrêt d'autocar marqué d'un poteau blanc. Henry, solitaire et renfermé, qui accompagne son père, directeur-fondateur de Chatham school, venu accueillir Mlle Channing, le nouveau professeur d'arts plastiques. La redécouvrir si belle, jeune, fraîche et pleine d'espoir. "Le genre de femme qu'il y a dans les livres". Retrouver ce genre de liberté insufflé à sa vie alors "étouffée sous une épaisse couverture d'obligations médiocres et de règles désuètes", le désir d'émancipation. Les rêves adolescents. Revivre la rencontre d'Elizabeth Channing et de Leland Reed. Les figures romantiques, "versions modernes de Catherine et Heathcliff"*, leur amour comme un nœud coulant. Le scandale. "Les plus grandes tragédies se produisent lentement, atteignent leur point culminant dans les cris et les larmes, puis demeurent gravées à jamais dans l'esprit de ceux qui les vécurent". La folie, le suicide, la possibilité d'un meurtre, le procès, la désolation laissée dans leur sillage. Ramener le pire à la surface et regarder en face ce qu'Henry avait fait, "voir les restes des corps ravagés tel un assassin retournant sur les lieux de son crime".
Avec ce roman publié aux Etats-Unis en 1997, Thomas H. Cook signe un extraordinaire hommage aux classiques anglais du XIXe siècle, restituant avec beaucoup d'habileté la ferveur bouillonnante des romantiques figés, ficelés dans la tragédie avec l'efficacité redoutable d'un polar sans fracas. En floutant les lignes de la morale rigide, des convenances et des apparences, en jouant (en virtuose) avec les dits et non-dits d'un style de vie "provincial, humble, étriqué et éminemment prévisible" rapporté par un narrateur partial, Cook distille un suspense suspendu, redoutablement maîtrisé, entretenant l'ambiguïté par un classicisme trompeur et une écriture hypnotique. "Certains bien entendu, n'y résistent pas."
Clémentine Thiebault

* les deux héros des Hauts de Hurlevent d'Emily Brontë



En poche
20-01-2012
Robert Bloch
Le Crépuscule des stars
Publié dans l'indifférence générale aux Etats-Unis à la fin des années 1960, Le Crépuscule des stars reste pourtant le livre pour lequel Robert Bloch gardait la plus grande affection. Loin de ses romans noirs ou horrifiques, l'auteur de Psychose façonne un roman crépusculaire, histoire d'amour tragique entre un homme, Tom Post, et le cinéma. Dans le sillage de ce jeune scénariste qui tente de faire son trou dans les studios californiens ("Si j'avais dû choisir entre Hollywood et le paradis, je n'aurais pas hésité une seconde."), Bloch nous ouvre les portes d'une industrie en plein âge d'or. Au milieu des années 1920, l'argent coule à flots, le public se passionne pour le grand écran, la presse fait ses choux gras des idylles entre vedettes, et les acteurs vivent pleinement leur mégalomanie, bâtissant des châteaux sur les flancs de Los Angeles, organisant des soirées baignées d'alcool malgré la Prohibition. Les lumières hollywoodiennes attirent une faune bigarrée, enfants prodiges dressés par des mamans frustrées, starlettes prêtes à tout, comédiens ratés, tous guidés par l'espoir de faire, un jour, partie intégrante de cette machine à rêve.
Sans détourner les yeux des sordides à-côtés du royaume de l'illusion (prostitution, drogue, avortements de secrétaires un peu trop jolies), Robert Bloch reconstitue avec minutie l'avènement de la culture de masse cinématographique, son intrigue formant une sorte de mise en abyme des scénarios et des personnages qui envahissent alors les salles obscures. En relatant la fin brutale d'un empire qui se croyait invulnérable, celui du muet, détruit par l'apparition du parlant en quelques mois seulement, Le Crépuscule des stars saisit la mort brutale de toute une génération. Celle des réalisateurs qui n'étaient pas encore inféodés aux banquiers tout puissants, celle des acteurs qui étaient vraiment ce qu'ils jouaient, monstres, saltimbanques ou nymphettes. Avec le succès incroyable du jeune cinéma, exacerbé par l'avènement du son, et le choc de la crise de 1929, c'est un autre monde qui naît des décombres du précédent. Un monde régit par l'efficacité, la rentabilité, et dirigé par des "individus blafards" qui ont désormais supplanté les personnages hauts en couleur qui fourmillaient dans le noir et blanc, tels ces clochards qui, tous les matins, tentaient de se faire enrôler comme figurants. "La vieille maxime Le silence est d'or vient d'être rayée du répertoire. (...) Nous avons une nouvelle maxime, maintenant. La parole est à l'argent."
Mikaël Demets


Pas de quartier
18-01-2012
Larry Fondation
Sur les nerfs
"Pour certains Los Angeles, c'est des bougainvilliers et des plantes tropicales luxuriantes dans le désert, tout ça soigneusement entretenu par des jardiniers. Un coin romantique. Les films. Un endroit où l'on peut tenter sa chance. Le cœur du rêve américain. Ce n'est pas là qu'on est." Plutôt plantés dans le quartier, plaqués sur le bitume, coincés entre les HLM et les immeubles abandonnés, les débris de verre, les égouts qui se déversent dans l'océan, les squats et le désœuvrement. Corrosion. Coups de feu, règlements de compte, provocations, exécutions. Bandes, gangs, flics. Sirènes et gyrophares. N'importe quoi et violences. Mexicains, mélanges d'alcool et insultes. Vodka - bière - speed. Graffitis, crans d'arrêts. Impacts et collisions. Morts. Junkie, un peu de rock. Souvenirs et trous noirs. Héro, coke, PCP, crack. La prison. Les filles. Des nuits chaudes "pleines d'enfants qui jouent, de mecs au coin de la rue qui boivent de la bière, et de femmes qui se baladent en short et en sandales", des nuits froides brutales. Récit court et hachuré, noir, brutal et catégorique dans le ventre tendu de la ville malade, en flash, vignettes, fragments et hoquets. "Il y a tout un monde, là-bas, un monde qui attend son heure". Un monde qui n'existe pas quand il fait jour où "tout se passe la nuit". Une réalité comprimée en "flash fiction" pour mieux capter la discontinuité des "trépidations de la ville et de la rue, cette multitude d'incidents, d'événements discontinus, de rythmes syncopés". L'idée que les "marges disent beaucoup sur le tout" dans ce Los Angeles si loin d'Hollywood. Un premier roman qui vise la gorge.
Lecteur, "si tu devais rester éveillé, la nuit, quel procédé préférerais-tu ?
a) un lampadaire dans les yeux ?
b) des chiens qui aboient devant ta fenêtre ?
c) la douleur lancinante d'un coup de couteau dans la cuisse ?
d) une overdose de crack qui te coule dans les veines ?
Voilà les seuls choix que tu peux faire (indice : sois certain qu'il s'agit de conditions permanentes et qui se reproduiront chaque nuit)
"
Clémentine Thiebault


Point poches
16-01-2012
Fredric Brown
La Bête de miséricorde
Pour avoir une bonne idée de l'angoissante virtuosité littéraire de Fredric Brown, le premier chapitre de La Bête de miséricorde (1956) est idéal. Après une phrase d'ouverture détachée qui scotche immédiatement le lecteur ("En fin de matinée, je trouvai un cadavre dans mon jardin."), Brown emmène son roman vers une enquête classique (un mort mystérieux, un assassin à trouver), avant d'initier, dans le dernier paragraphe du chapitre, un retournement de situation total. Non, ce ne sera pas un roman policier, mais bien un roman noir, furetant derrière la façade des glorieux Etats-Unis de l'après-guerre.
Sous la chaleur croissante du printemps d'Arizona, La Bête de miséricorde ne cesse de changer de narrateur, variant les points de vue pour mieux dévoiler l'envers de la petite ville de Tucson. L'écriture de Fredric Brown, économe, sèche et implicite, évoque beaucoup en très peu de lignes. La victime, survivante d'Auschwitz, rappelle que le traumatisme de la guerre mondiale n'est pas digéré pour tout le monde, même si le conflit semble déjà appartenir à une autre époque. L'inspecteur de police, d'origine mexicaine, sert de révélateur au racisme latent de la luxuriante Amérique des Fifties, qui n'aime pas les Noirs, n'apprécie pas beaucoup les juifs, n'affectionne pas vraiment les latinos et, par-dessus tout, déteste les mélanges. Quant à son épouse, femme au foyer idéale qui se révèle alcoolique, violemment dépressive et volage, elle trahit le délabrement de l'american way of life, bien moins reluisant qu'il n'y paraît. De l'enquête, il ne reste alors plus grand-chose. Des décombres, une poignée de vie brisées, et un sentiment de résignation qui, cinquante ans plus tard, s'avère toujours aussi amer. 
Mikaël Demets

Thierry Jonquet
Vampires
Cauchemardesque hasard matinal. Un immigré d'origine roumaine découvre un corps martyrisé dans le hangar abandonné où il était venu récupérer le bois sec d'un tas de palettes pour chauffer sa cabane. La lueur de dizaines de cierges "d'un calibre colossal" éclaire l'horreur d'un autel improvisé, l'homme embroché sur un pal, nu, sans entrave, transfiguré par les souffrances inouïes endurées, au centre. "Tepes! Vald Tepes! Tepes! Vald Tepes!" hurle inlassablement le roumain sous le choc, faisant surgir l'ombre de Dracul, un tombereau de question pour le substitut Guillaume Valjean chargé de l'affaire et la stupeur de Pluvinage confronté à son premier empalé, avec une maestria sidérante. "Quelle sorte de monstre le supplicié avait-il offensé pour qu'il décide de se venger en lui faisant endurer un tel calvaire? Ou avait-il croisé la route d'un psychopathe ?"  Prologue brutal d'un récit qui tisse ensuite les fils tendus de destins tordus qui ont à voir avec la légende. L'étrange famille Radescu - encore des roumains - retranchée dans la Folie d'une discrète courette de la rue de Belleville, un hématologue réputé, l'héritier d'un syndrome, une possible anomalie génétique et l'enquête qui oppose habilement le magique gothique des histoires de vampires et l'hyper réalisme de la ville, de la nuit et des chairs. Troublant roman posthume, frustrant inachevé (même si "un désir inassouvi vaut mieux qu'un plaisir assoupi") interrompu par la mort d'un auteur nourri de la "fascination effrayée pour les corps, l'immortalité ... Les corps voués à la torture, les esprits à l'éternité". Le reste nous appartient, la suite revenant à chacun.
Clémentine Thiebault


Poids lourd
13-01-2012
David Carkeet
La peau de l'autre
Dennis Braintree dans le Vermont, en reportage pour le Modéliste intrépide. Il va prendre son avion. Il neige. Il roule vite, double, perd le contrôle de sa voiture de location qui exécute un "lent et gracieux tour sur elle-même", quitte la chaussée et se plante sur le terre-plein central "sous un angle étrange". L'obèse n'a rien mais la voiture est fichue. Deux fermiers père et fils le déposent au motel le plus proche en attendant le prochain vol.
Quand il arrive enfin à l'aéroport, après une nuit agitée, il est intercepté par Nick qui le prend pour Homer Dumpling, joueur de trombone gros comme lui, disparu depuis trois ans. Et de comprendre que l'ami d'Homer est un flic à la recherche du corps de Marge, la femme "forte et ivre" qui avait cogné à la porte de sa chambre au milieu de la nuit et, logiquement de l'occupant de ladite chambre. C'est à dire lui ! "Il a branché une fille du coin. Ils on bu. Ils se sont battus". Elle est tombée du balcon et il a fait disparaître le corps. Dennis est plus que suspect. Il devient donc Homer pour échapper à la police. Peut-être aussi parce que "sa vie ordinaire ne lui suffisait plus". Mais donner le change dans cette ville miniature où "les gens savaient tout car il n'y avait pas grand-chose à savoir" n'est pas sans mal. Même pour le meilleur des menteurs. Une farce alerte et incisive avec un petit quelque chose (la corpulence ?) de La conjuration des imbéciles.
Clémentine Thiebault


La Trilogie berlinoise continue
11-01-2012
Philip Kerr
Hôtel Adlon
"Un policier doit avoir de l'imagination. L'ennui, c'est que, par les temps qui courent, cela semble avoir un côté quelque peu indiscipliné, subversif. Et personne n'a envie de passer pour subversif." Alors que l'on avait laissé Bernie Gunther dans l'Argentine péroniste, on le retrouve au cœur de l'Allemagne nazie de 1934. Un peu plus d'un an seulement après l'arrivée au pouvoir d'Hitler, le silence écrase déjà la ville, la peur annihile les résistances. Les croix gammées remplacent la religion, encadrent le sport, purgent la police : plus aucun aspect du quotidien n'échappe au contrôle des nazis. Entre les industriels qui meurent mystérieusement, les Américains qui cachent des mitraillettes Thompson dans la chasse d'eau et les pin-up sulfureuses qui traînent toujours là où il ne faut pas, Gunther, détective dans un hôtel chic berlinois, se retrouve au cœur d'une machination liée à l'arrivée prochaine des jeux olympiques dans la capitale allemande. Machination qui trouvera son épilogue en 1954, dans la Cuba d'Ernest Hemingway et Meyer Lansky, dirigée d'une main de fer par le dictateur Batista.
Une fois encore, le minutieux travail de Philip Kerr, mêlant rigueur historique et fiction, fait mouche. Erudite et plaisante, l'intrigue tient la longueur (plus de 500 pages tout de même), bien aidée en cela par les personnages très soignés, même les petits rôles, qui permettent à Kerr d'infiltrer dans son récit une poignée de figures réelles sans qu'elles ne jurent dans le décor historique. Sans oublier évidemment les dialogues piquants et l'humour dévastateur de Gunther, jamais avare de bons mots, d'images truculentes et de sentences lumineuses. Finalement, c'est plutôt d'avoir rassemblé ces deux histoires dans un même roman qui étonne, tant la seconde partie, beaucoup plus pâle, moins fouillée, moins habitée, aurait sans doute mérité d'être développée dans un roman indépendant.  Ne boudons pas notre plaisir pour autant. Kerr n'a pas son pareil pour redonner vie au monde aberrant du IIIe Reich pour donner corps, en creux, à un critique de notre monde hypocrite. L'hypocrisie des Américains qui refusent de boycotter les J.O. de 1936, fermant les yeux sur le racisme du régime. L'hypocrisie du peuple allemand, qui s'empresse de satisfaire aux lois raciales en récurant son arbre généalogique de toute présence non-aryenne. L'hypocrisie de la police, qui n'en est plus une, et de la justice, qui n'existe plus dans l'Allemagne de 1934 comme dans la Cuba de 1954. L'hypocrisie des idéologies, toujours promptes à se nier quand il s'agit de faire de l'argent ... Au milieu de tout ça, cahin-caha, erre un Bernie Gunther rongé par l'amertume, qui a sacrifié ses principes pour survivre. Jusqu'à échouer sur les côtes cubaines, l'âme desséchée, pour contempler une fois de trop le cynisme d'un monde qui semble invariablement tourner en rond.
Mikaël Demets


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The straircase (Soupçons)
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Durham, Caroline du nord le 9 décembre 2001, 2h41 du matin. Le 911 (services d’urgence) reçoit l’appel affolé de Michael Peterson, romancier réputé de 59 ans. Il vient de découvrir le corps de sa femme Kathleen baignant dans son sang au pied de l’escalier de leur luxueuse maison. Les secours arrivent rapidement sur place, la police aussi. Mais il est trop tard. Kathleen es...
 
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