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![]() Les archives de Noir comme Polar...
L'esprit de clocher 24-03-2010 Marin Ledun La guerre des vanités Lundi 7 février, Tournon-sur-Rhône sous les assauts du mistral. L’esprit de village coincé entre les poids lourd qui remontent la vallée, l’autoroute, la voie TGV et le Rhône. Dix ou douze mille habitants, les petites histoires, les vies enchevêtrées, les regards qui traînent et les voix qui enflent, les cousins, les amis, les fils des cousins, les filles des amies. Et maintenant les cadavres des fils des cousins, des filles des amies. Trois décès le même jours. Trois suicides. Trois enfants de sept, dix et treize ans. Puis cinq, puis six … Défenestration, intoxication au gaze, empoisonnement par ingestion de mort-aux-rats, arme blanche … comme une épidémie. Alors l’ordre de mission pour Alexandre Korvine, lieutenant à la criminelle de Valence, parce que les flics du coin sont trop impliqués. Korvine, le flic froissée qui n’a pas envie d’être là. Pas d’attache, pas de famille, ni aucune petite femme, juste son poste, ses galons et son salaire fixe pour payer ses cigarettes. Korvine qui fume, énormément, Korvine qui tousse, beaucoup. Korvine qui va devoir trouver ce qui pousse ces jeunes têtes blondes à mettre fin à leurs jours. Fouiller dans leur passé, briser le sceau de leurs secrets, sortir les vieilles histoires du placard, chercher, demander, recouper "et prier le ciel pour que les suicides s’arrêtent". Des morts, jamais de mot. Des vidéos qui en disent long mais ne fournissent pas les codes explicatifs. La ville, les gens, le commissaire qui veut des coupables, les juges et les avocats des victimes, les pères et les mères des responsables. Semaine sans sommeil.Une enquête obsédante, tenue, tendue et parfaitement cadencée, un flic réussi, des personnages aboutis, une province asphyxiante, une écriture violente et maîtrisée … Bref, tous les ingrédients d’un excellent polar … si ce n’était toutefois cet arrière goût d’inachevé qui déséquilibre légèrement les causes et les effets. Podcast 23-03-2010 Le 34e "Casque et l'enclume" des Habits Noirs est en ligne. Un podcast monté par Sophie Couronne, présenté par Stéfanie Delestré, et animé par Clémentine Thiébault, Sophie Couronne et Marc Villard. On y cause de Imago de Eva Marie Liffner, Dernier rock avant la guerre de Cédric Fabre, Le triomphe du singe araignée de Joyce Carol Oates et de Madoff, l'homme qui valait 50 milliards de Mark Seal. Y a même des lectures d'Alice Varenne ! Soit 21 minutes et 22 secondes d’apesanteur Un Guéraud sinon rien 19-03-2010 Guillaume Guéraud Le contour de toutes les peurs Ce qu’il y a de rassurant avec Guéraud dans Le contour de toutes les peurs (Le Rouergue, doAdo Noir) comme avec ses romans précédents, c’est qu’il ne prend pas ses lecteurs ados pour des demeurés : "Des fois, quand je rentre et qu’elle n’est pas là (…) je me pose sur la canapé et je me branle." Ni pour des innocents : "Je suis simplement en train de te dire que, si tu étais arrivé une heure plus tôt, tu serais certainement mort, maintenant." Clément renter chez lui et rencontre à son domicile un homme qui vient de saccager le bureau de sa mère, avocate. L’intrus va alors lui montrer l’étendue de sa peur et la grande douleur qui l’habite. Aucune concession dans ce roman si ce n’est celle de croire que l’on peut mettre en situation un ado face à un problème de grandes personnes. Avec tout ce que cela comporte de vérité : "Le soleil est couvert d’échardes et les rares nuages ressemblent à des muselières." Clément y apprendra ce que la vie a de plus dégueulasse et de plus inquiétant.1000 signes de François Braud (espaces compris et titre et signature exclus) Apéro dédicace 19-03-2010 Lalie Walker sera à la Librairie Terminus Polar mardi 23 mars à partir de 19h pour rencontrer ses lecteurs et signer son dernier roman Les Survivantes (Actes Sud).Passez donc boire un coup, manger quelques Apéricubes et discuter gaiement de la crise. Rendez-vous 1 rue Abel Rabaud, Paris XIe (Métro Goncourt) Chienne de vie 18-03-2010 Fredric Brown La bête de miséricorde John Medley vit à Tucson, un peu reclus, depuis six ans et demie. Un monsieur charmant, retraité un peu excentrique peut-être mais un "très bon citoyen". Un matin il découvre le corps d’un homme allongé sur le dos, la tête légèrement relevée et reposant sur une grosse racine de l’Orne de Chine, une balle de .22 dans la nuque. "En fin de matinée, je [le] trouvais dans mon jardin. Je m’étais levé à huit heures, comme d’habitude, mais je ne fis cette découverte que quelques minutes après onze heures, parce que je n’avais pas regardé avant par la fenêtre de mon salon". Une victime à bout qui, ayant perdu sa femme et ses trois enfants dans un terrible accident il y a peu, aurait eu toutes les raisons d’en finir. Mais l’emplacement étrange de la blessure et surtout l’absence d’arme sur les lieux du décès oblige Frank Ramos et Fern Cahan, les deux flics chargés de l’enquête à conclure à un meurtre. Sans mobile apparent. Un crime de rôdeur ? Pas pour Ramos qui en vient rapidement à soupçonner l’aimable Medley … qui ne dit pas tout. Et Fredric Brown de tisser un récit à double fond, dans l’immobilité saisie d’une ville cernée par "le désert brûlant avec que des scorpions, des cactus et du sable … même pas une rivière avec de l’eau" (pour éteindre le feu), d’hommes abîmés, de femmes fanées (dont Alice, la femme de Ramos, alcoolique), de vies broyées. "Aucun problème n’est une île", tous forment une suite continue dans l’intimité de ces hommes perdus, de leur déchéance, de leurs obsessions et de leurs actions. L’ironie toujours, mais la "la bête de miséricorde aux griffes avides aux crocs sanglants, donnant une mort rapide". Fatalité. Un cran en dessous de La Fille de nulle part tout de même. Le Poulpe 265 17-03-2010 Jean-Paul Jody Vingt mille vieux sur les nerfs Début d’année en fanfare et pétards. Le mercure se cache en dessous de zéro, Le Poulpe sous sa couette. Pas envie de sortir. On ne peut plus fumer dans le bars, Chéryl boude, bouche cousue devant la télé, plongée dans la compréhension de sa foutue politique "pour ne pas passer pour une gourde devant ses clientes", Gérard se met au Mojito à cinq euros pour plaire à sa clientèle d’assureurs et supprime même les pieds-de-porc de sa carte. Plus de clients pour ça ! "Si tu me trouves des amateurs, j’en referais. C’est comme ça. L’offre et la demande". Alors Gabriel lâche Le Parisien et va chercher Gaspard, l’ami de son père qui se morfond dans la solitude de sa maison de retraite. Un vieux, petit, noueux comme un bretzel, ancien militant anarchiste qui va réunir les copains pour la ripaille. Tournée des hospices et autres mouroirs. Finalement ils sont sept à ce premier dîner Pied de Porc à la Sainte-Scolasse, deux fois plus le mercredi suivant. Moyenne d’âge quatre-vingt un ans, l’envie retrouvée, les colères ressuscitées. "A vingt ans, ils s’engageaient contre Franco, résistaient aux nazis, faisaient sauter des trains, imprimaient des tracts, survivaient aux camps de la mort, certains sont passés dans les caves de la rue Lauriston sans rien lâcher. D’autres se sont battus contre la torture en Algérie. Après Buchenwald et Dachau, ils pensaient que ces saloperies seraient finies, ils retrouvent Abou Ghraib et Gantanamo, et Dick Cheney pour justifier l’infamie." Les souvenirs remontent, les esprits s’échauffent, et les octogénaires se reprochent leur manque de vigilance. "Le pays est aux mains d’un agité qui soigne ses névroses par l’exercice du pouvoir et pond une nouvelle loi chaque fois qu’un pigeon s’oublie sur un crâne". Planqués derrière leurs scrofules et leurs emphysèmes, les vieux réunis se disent qu’ils n’ont plus rien à perdre, qu’ils devraient peut-être agir une dernière fois avant de partir. Petit picotement familier au bas du bulbe pour Le Poulpe. Celui qui annonce les emmerdements … Un Poulpe en forme et en colère comme jamais, un plaisir d’écriture évident et communicatif, une fiction requinquante et salutaire à vous filer de sérieuses envies de replonger dans le Discours de la Servitude volontaire de La Boétie et le Bartleby de Melville, référents de la colère intacte de ces vieux résistants. "Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux." Vingt mille vieux sur les nerfs
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