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![]() Les archives de Noir comme Polar...
Blackmail 29-08-2011 Romain Slocombe Monsieur le commandant Paul-Jean Husson, écrivain en habit vert, apologiste vieille France, bourgeois désormais normand, pétainiste installé qui, retiré avec femme et enfants dans sa campagne, consacre ces journées de guerre à l'écriture, peaufinant son grand œuvre et pérorant un antisémitisme culturel décomplexé à longueur de colonnes, billets et autres articles dégoulinants dans une presse poisseuse de propagande nationaliste. Un notable rassis louant le retour du héros de 17, la suprématie du travail, de la famille et de la partie, la terre qui ne ment pas, le patois, les clochers et la Collaboration. Jusqu'à la catastrophe : Ilse Wolffstom, l'envoûtante femme de son fils parti rejoindre la France Libre, dont il tombe éperdument amoureux. Esclave d'un amour impraticable et affreux, "atroce et impie", Husson vacille et ne voit, face au mal secret qui ronge sa famille, d'autre solution que de s'en remettre au commandant de la Kreiskommandantour à qui il adresse une longue supplique, pénible confession. Pour tenter de sauver les apparences. Pour en finir avec le "pouvoir magique de la juive".La collection des Affranchis demande aux auteurs d'écrire la lettre qu'ils n'ont jamais écrite. Pour Slocombe, une lettre de délation volontairement et subtilement odieuse, dans la peau tirée d'un salaud imaginaire, glaçant, qui prospère dans la France en guerre, terrassée par l'antisémitisme proclamé, le spectacle de la défaite, le front et l'arrière, la mobilisation et l'exode, l'Occupation et les compromissions, les tortures et les résistances, l'éclatement des valeurs et les bassesses. Clémentine Thiebault Migration saisonnière 22-07-2011 On a bien bossé toute l'année, maintenant c'est le grand départ, les valises, les embouteillages, la mer, les coups de soleil, les méduses et les apéros en terrasse.Rendez-vous en ligne le lundi 29 août pour la reprise des hostilités. D'ici là bonnes vacances à tous ! La dream team Noir bitume 22-07-2011 Barry Graham Regarde les hommes mourir Santa Fe, Nouveau Mexique. Le barrio, quartier hispano, le Kid qui avait, parmi les narcos, la réputation d'un type qui irait loin. Un gamin qui terrifiait les adultes, un dealer. Devenir fort. Traîner à bord d'une Chevy Impala bringuebalante, jouer à faire peur aux gosses de riches. Peut-être tuer sur commande. Se faire choper. Essayer de se ranger. Finalement être la légende du barrio, le fantôme qu'on rendait responsable de tous les crimes non élucidés commis par des Mexicains. Et mourir. "Des gens pleurèrent ; la plupart n'en firent rien. Tous ceux qui avaient des pelouses, des plans d'épargne retraite et des dents blanches et bien plantées se sentaient plus en sécurité, maintenant que le Kid était mort."Andy Sanders. Ancien militaire, ancien sdf, ancien journaliste. Une petite entreprise de bricolage et réparation, des cours d'autodéfense, Janine, le meurtre de Tim, rédacteur en chef du seul journal indépendant du coin, un scandale, l'enquête. Et Phoenix, devenue trop vite la cinquième ville du pays. Un tas de fumier politique et social d'où plus de la moitié des habitants partiraient s'ils le pouvaient. Ville sans piéton, leader en matière de bavures policières. Maisons petites et délabrées, marchands d'alcool, prêteurs sur gages et motels pour personnes seules. Rues abandonnées que nul ne contrôlait "ni la Mort, ni les politiciens, ni les flics". Paradis des journalistes d'investigation où un "gosse n'est pas un gosse s'il n'est pas blanc". La chaleur, le blues et la mort. Parce qu'en Amérique "on aime tuer les gens. Parfois légalement, le plus souvent non". Tu finiras par devenir fort et Homme de paix ou homme de guerre, deux longues nouvelles qui parlent des "perspectives démocratiques" des gens au fond du trou, des marginaux, des laissés pour compte, de la panique qui monte comme du vomi, de l'esthétique du désert, de la haine, du sordide et de la misère avec le "parfum suave des couronnes mortuaires", de la prison, de l'odeur de la prison "comme un pied crasseux qu'on se prend dans la figure". Et Pourquoi je regarde les hommes mourir (texte paru dans Flaunt en 2008) de la peine de mort, des exécutions à la chaîne. Style perforant, écriture cinglante brandie comme un bouclier magnifique. Pour tenir le meurtre à distance. Et cette question : "Qu'est-ce que nous leur faisons ? Comment deviennent-ils moi, Tim, Spike, Janine, Laurie, Mara ? Comment devient-on tueur ?" Clémentine Thiebault Fiat Lux 22-07-2011 Hervé Picart L'Arcamonde, Tome 5 : La lampe de providence Une loupiote pour éclairer la nuit, un cône jaune déflorant le noir ambiant de la nuit ou une auréole bleu pétrole pour chasser les humeurs grises qui assombrissent le soir tombant. Un petit monde à soi pour repousser la seule grande angoisse existentielle, à savoir CLN... C'est la nuit !,* le carrefour des rêves ou des cauchemars, l'abandon total au néant. C'est ce à quoi servaient les lanternes autrefois aujourd'hui remplacées par l'égrainement des chiffres fluorescents au plafond distillés par des réveils qui vous empêchent de dormir alors qu'on n'attend d'eux rien d'autre que ne pas oublier de nous laisser dans la nuit définitive. Frans Bogaert, antiquaire à Bruges, la Venise du nord, dans son antre de l'Arcamonde, reçoit un singulier cadeau de la part de son assistante, Laura Bacall, qui cumule un triple mystère : celui de ressembler à la grande Lauren, de ne réclamer, pour salaire, que le gîte et le couvert et d'être apparue aux yeux de son patron après la disparition de sa femme, éternelle souffrance qui suinte dans les quatre premières aventures écrites par Hervé Picart, étonnant auteur maniant aussi bien la langue d'Ovide que les riffs de Métallica et écrivant comme on boit un grand cru tout en buvant comme écrit Oberlé.** Très vite, cette lampe de Providence - c'est le singulier cadeau oublié dans les lignes d'au-dessus par un critique qui sait se perdre dans ses propres phrases - tisse un lien étonnant entre notre monde contemporain et celui de l'Amérique du XIXème. Elle a le pouvoir hypnotique de faire revivre des scènes passées aux yeux de ceux qui la contemplent. Frans Bogaert devient alors le témoin d'un crime ancien non résolu, naviguant parmi les spectres et autres fantômes de la communauté des amateurs de magnétisme.Cinquième aventure de l'Arcamonde, ce roman, comme les précédents, est un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) roboratif parmi la production sans cesse effrénée des frileurs ricains de serial killers qui font rien qu'à s'en prendre au héros et à - cochez - sa femme innocente ( ), sa fiancée naïve ( ), son labrador waterproof (r) ( ), son fils d'imbécile ( ), sa fille handicapée ( ), sa grand-tante qu'aimerait bien avoir l'air ( ), son meilleur ami mais qu'a pas l'air du tout ( ). Grand amateur de roman noir, le critique qui vous parle, enfin que vous lisez peut-être, doit avouer que ce genre de thème (l'au-delà), de gène (la SciFi), de genre (la résolution d'un crime), voire d'écriture (plus fleurie que sèche et dure) n'est pourtant pas sa boisson préférée. Mais que voulez-vous, devant le talent, l'humour, les mots, il ne peut - vlatipa que je parle de moi à la troisième personne - que courber l'échine et martyriser son clavier pour vous faire part du plaisir de lecture qu'il a pris, encore une fois, à la lecture de La Lampe de Providence d'Hervé Picart publiée par Le Castor astral. François Braud * Il n'y a plus rien, Léo Ferré ** Itinéraire spiritueux (Grasset) Oulipolar 19-07-2011 Points Seuil réédite en poche 1280 âmes, premier opus de la mythique série littéraire lancée par Jean-Bernard Pouy, parue chez Baleine au début des années zéro et aujourd'hui disparue. L'occasion d'y revenir. Pierre de Gondol est le plus petit libraire de Paris avec ses Douze maîtres au carré, minuscule boutique sise rue Beautreillis, dont les étagères regorgent de livres rares et inattendus. Du neuf et de l'occase comme le prolongement de la bibliothèque de cet amoureux des livres. "L'avantage de l'inconvénient d'être libraire, c'est qu'on vit permanentement avec ces envahisseurs de bouquins, et, parfois, intempestivement avec leurs lecteurs". Il ne vend d'ailleurs que ce qu'il aime et n'accepte de céder à certains clients (ils ne sont pas légions) que des doubles, voire des triples. Contre une colle, un jeu de mot ou une énigme littéraire le plus souvent. Car Pierre de Gondol est aussi le premier détective littéraire de l'histoire. Un enquêteur de l'écrit que ses clients, bibliophiles fous, envoient fouiller entre les lignes. Un lecteur à la curiosité d'entomologiste dont la vocation n'est pas de sévir mais bien de comprendre. Lire évidemment. "Relire, encore mieux parce qu'on ne relit pas n'importe quoi" et filer sous le terrain.C'est d'ailleurs la mission que lui confie le client du jour dans 1280 âmes ... Cliquez ici pour lire la suite The Black Angel's Death Song 18-07-2011 Elliott Chaze Noires sont les ailes de mon ange Ecrit en 1953 et publié à la Série noire dans la foulée sous le titre Il gèle en enfer, Noires sont les ailes de mon ange bénéficie enfin, un demi-siècle plus tard, d’une retraduction digne de son rang. Fraîchement évadé de prison, Tim, vingt-sept ans à peine, croise le chemin de Virginia, une prostituée en fuite à cause du démantèlement d’un réseau de call-girl. Evidemment, la pulpeuse Virginia est d’une beauté à couper la souffle et, alors qu’il avait prévu de se "rassasier d’elle" et de l’abandonner "dans les toilettes d’une station-service quelconque entre Dallas et Denver", Tim préfère finalement l’associer à son intrépide projet : l’escamotage d’un fourgon blindé. Elliott Chaze s’appuie ainsi sur de nombreux archétypes du roman noir (la femme fatale, le couple en cavale, la peur constante de la trahison de l’autre…) pour signer un texte âpre, rugueux comme du papier de verre. A la fois misanthrope et envieux, frustré et fier de son indépendance, le braqueur raconte, à la première personne, ses allers-retours entre la marge et la bonne société. Lorsqu’il navigue dans les hautes sphères de La Nouvelle-Orléans, dilapidant l’argent de ses méfaits sans se poser de questions, la mentalité décadente du monde d’au-dessus le dégoûte très vite. Le luxe ne compense plus le sentiment d’inconfort : "Mes chaussures devinrent de plus en plus belles, jusqu’au jour où ce furent des chaussures faites sur mesure, à soixante dollars la paire, mais les chaussures cousues mains ne furent jamais aussi confortables que les chaussures meilleur marché." Même dans la soie, le bonheur le fuit. La revanche sociale a un goût de résignation amère.Contrepoids à cette brutalité latente, ou aux piques acides à l’encontre de la religion, des forces de polices sadiques ou des cottages cossus des banlieues blanches, la relation qui aimante la prostituée et son taulard nimbe ces pages d’une sensualité fragile, toujours sur le point de basculer dans la haine, dans la fourberie, voire dans la folie. Les monologues de Tim réservent d’ailleurs quelques passages magnifiques, des images inoubliables, comme lorsqu’il livre sa vision noire de la vie ("La majeure partie de l’existence se passe à manger, à dormir et à attendre que se produise quelque chose qui ne se produit jamais."), ou qu’il décrit l’effroi causé par une sirène de police lorsque l’on est dans la peau d’un fuyard : "Quand vous êtes assis dans votre salon et que vous entendez une sirène, c’est un petit bruit solitaire, et tout ce que ça signifie pour vous, c’est que vous êtes forcé de l’entendre jusqu’à ce qu’elle se soit éloignée. Mais si c’est après vous qu’elle en a, elle devient la texture même de l’univers. Vous l’entendrez jusqu’à votre dernier souffle. Elle vous déchire les tripes comme une perceuse contre un nerf, et elle se déplace en vous, et elle grandit en vous. Je suis content de savoir que je n’aurai plus jamais à entendre une sirène. Je suis content de savoir que j’en ai fini de courir et de les entendre me donner la chasse." (page 189) Une œuvre magnétique et ravageuse. Un classique du roman noir, de ceux qui bâtissent un genre. Mikaël Demets
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